344 Prosodie Françoise;
part regarderont-ils comme insupportable, & com-me indigne d’eux, le joug de la Prosodie. Voilàpourquoi,dans un Discours que j’eus occasion {a}de prononcer l’année dernière, le jour que l’Aca-démie Françoise distribue ses Prix, je me conten-tai de faire observer que la désinence de tous nosmots François étoit de deux sortes: l’une fémini-ne, qui est celle où se trouve I’ë muer: l’autremasculine, qui renferme généralement toute dési-nence où I’e muet ne se trouve point. „ J’en con-„ clus que ces deux sons très dissérens, l’un maf-„ culin, qui est soutenu, l’autre féminin, qui est„ foible, faisoient en notre Langue l’effet des lon-„ gués & des brèves; & que le mélange de ces„ deux sons, qui pouvoir se varier à l’infini, &„ former toute sorte de cadence, étoit par con-„ séquent le principe de notre harmonie. " Ainsi,fans distinguer exactement nos tems fy ìlabiquesjen’osai d’abord en montrer que. deux, pour ne pointeffrayer ceux de nos jeunes Ecrivains, à qui cettedoctrine paroîtroit nouvelle. On n’a besoin, eneffet, que d’une légère attention, pour ne pointconfondre ces deux désinences : & il ne faut qu’unart médiocre, pour les placer à propos. Mais,après tout ce que j’ai établi ci-dessus, on voitclairement que l’Orateur trouve dans notre Proso-die, des ressources bien plus amples, pourvu qu’ilne manque pas de génie, & qu’il soit laborieux.
Toutes ces ressources, pourtant, ne peuventque fournir le matériel de l’harmonie. Ce qui ensoit l’ame, c’est la pensée. Une phrase parfaite-ment sonore, mais destituée de sens, est un corpsfans ame; & si le sens qu’elle présente, est mépri-sable,
Ça~) Ce Discours est imprimé à la tête de ma Traduc-tion des Tbiliffi^ues de Dêmojìbcne , &c.