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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

35

Maheu disait :

Cest le premier accrochage. Nous sommes à troiscent vingt mètres... Regardez la vitesse.

Levant sa lampe, il éclaira un madrier des guides,qui filait ainsi quun rail sous un train lancé à toutevapeur ; et, au delà, on ne voyait toujours rien. Troisautres accrochages passèrent, dans un envolement declartés. La pluie assourdissante battait les ténèbres.

Comme cest profond I murmura Etienne.

Cette chute devait durer depuis des heures. Il souffraitde la fausse position quil avait prise, nosant bouger,torturé surtout par le coude de Catherine. Elle ne pro-nonçait pas un mot, il la sentait seulement contre lui, quile réchauffait. Lorsque la cage, enfin, sarrêta au fond,à cinq cent cinquante-quatre mètres, il sétonna dap-prendre que la descente avait duré juste une minute.Mais le bruit des verrous qui se fixaient, la sensationsous lui de cette solidité, légaya brusquement; et ce futen plaisantant quil tutoya Catherine.

Quas-tu sous la peau, à être chaud comme ça?...Jai ton coude dans le ventre, bien sûr.

Alors, elle éclata aussi. Etait-il bête, de la prendreencore pour un garçon ! Il avait donc les yeux bou-chés ?

Cest dans lœil que tu las, mon coude, répondit-elle, au milieu dune tempête de rires, que le jeune homme,surpris, ne sexpliqua point.

La cage se vidait, les ouvriers travers èrent la sallede laccrochage, une salle taillée dans le roc, voûtée enmaçonnerie, et que trois grosses lampes à feu libre éclai-raient. Sur les dalles de fonte, les chargeurs roulaientviolemment des berlines pleines. Une odeur de cavesuintait des murs, une fraîcheur salpêtrée passaientdes souffles chauds, venus de lécurie voisine. Quatregaleries souvraient, béantes.