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LES ROUGON-MACQUART.
— Par ici, dit Maheu à Étienne. Vous n’y êtes pas, nousavons à faire deux bons kilomètres.
Les ouvriers se séparaient, se perdaient par groupes,au fond de ces trous noirs. Une quinzaine venaient des’engager dans celui de gauche ; et Étienne marchait ledernier, derrière Maheu, que précédaient Catherine, Zacha-rie et Levaque. C’était une belle galerie de roulage,à travers banc, et d’un roc si solide, qu’elle af&it eubesoin seulement d’être muraillée en partie. Un par un,ils allaient, ils allaient toujours, sans une parole, avecles petites flammes des lampes. Le jeune homme butait àchaque pas, s’embarrassait les pieds dans les rails. De-puis un instant, un bruit sourd l’inquiétait, le bruit loin-tain d’un orage dont la violence semblait croître et venirdes entrailles de la terre. Etait-ce le tonnerre d’un ébou-lement, écrasant sur leurs têtes la masse énorme qui lesséparait du jour? Une clarté perça la nuit, il sentittrembler le roc ; et, lorsqu’il se fut rangé le long du mur,comme les camarades, il vit passer contre sa face ungros cheval blanc, attelé à un train de berlines. Sur lapremière, tenant les guides, Bébert était assis ; tandisque Jeanlin, les poings appuyés au bord de la dernière,courait pieds nus.
On se remit en marche. Plus loin, un carrefour se pré-senta, deux nouvelles galeries s’ouvraient, et la bande s’ydivisa encore, les ouvriers se répartissaient peu à peudans tous les chantiers delà mine. Maintenant, la galeriede roulage était boisée, des étais de chêne soutenaient letoit, faisaient à la roche ébouleuse une chemise de char-pente, derrièrelaquelleonapercevaitles lames des schistes,étincelants de mica, et la masse grossière des grès, terneset rugueux. Des trains de berlines pleines ou vides pas-saient continuellement, se croisaient, avec leur tonnerreemporté dans l’ombre par des bêtes vagues, au trot defantôme. Sur la double voie d’un garage, un long