IV
Les quatre haveurs venaient de s’allonger lesuns au-des-sus des autres, sur toute la montée du front de taille. Sépa-rés par les planches à crochets qui retenaient le charbonabattu, ils occupaient chacun quatre mètres environ de laveine ; et cette veine était si mince, épaisse à peine en cetendroit de cinquante centimètres, qu’ils se trouvaient làcomme aplatis entre le toitetlemur,se tramant des genouxet des coudes, ne pouvant se retourner sans se meurtrirles épaules. Ils devaient, pour attaquer la houille, restercouchés sur le flanelle cou tordu, les bras levés et bran-dissant de biais la rivelaine, le pic à manche court.
En bas, il y avait d’abord Zacharie ; Levaque etGhaval s’étageaient au-dessus; et, tout en haut enfin,était Maheu. Chacun havait le lit de schiste, qu’il creu-sait à coups de rivelaine ; puis, il pratiquait deuxentailles verticales dans la couche, et il détachaitle bloc, en enfonçant un coin de fer, à la partie supé-rieure. La houille était grasse, le bloc se brisait, roulaiten morceaux le long du ventre et des cuisses. Quand cesmorceaux, retenus par la planche, s’étaient amassés souseux, les haveurs disparaissaient, murés dans l’étroitefente.