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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

55

terrains changeait tous les vingt mètres. Il fallait êtrejuste, on ne pouvait rien prévoir. Puis, les deux autrescontinuant à déblatérer contre les chefs, il devint in-quiet, il regarda autour de lui.

Chut ! en voilà assez !

Tu as raison, dit Levaque, qui baissa également lavoix. Cest malsain.

Une obsession des mouchards les hantait, même àcette profondeur, comme si la houille des actionnaires,encore dans la veine, avait eu des oreilles.

Nempêche, ajouta très haut Chaval dun air de défi,que si ce cochon de Dansaert me parle sur le ton delautre jour, je lui colle une brique dans le ventre... Jene lempêche pas, moi, de se payer les blondes qui ontla peau fine.

Cette fois, Zacharie éclata. Les amours du maître-porionet de la Pierronne étaient la continuelle plaisanterie dela fosse. Catherine elle-même, appuyée sur sa pelle, enbas de la taille, se tint les côtes et mit dune phraseÉtienne au courant; tandis que Maheu se fâchait, prisdune peur quil ne cachait plus.

Hein? tu vas te taire!... Attends dêtre tout seul, situ veux quil tarrive du mal.

Il parlait encore, lorsquun bruit de pas vint de lagalerie supérieure. Presque aussitôt, lingénieur de lafosse, le petit Négrel, comme les ouvriers le nommaiententre eux, parut en haut de la taille, accompagné deDansaert, le maître-porion.

Quand je le disais ! murmura Maheu. Il y en a tou-jours, qui sortent de la terre.

Paul Négrel, neveu de M. Hennebeau, était un garçonde vingt-six ans, mince et joli, avec des cheveux friséset des moustaches brunes. Son nez pointu, ses yeux vifs,lui donnaient un air de furet aimable, dune intelligencesceptique, qui se changeait en une autorité cassante,