Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

GERMINAL.

61

tes, dont ils recevaient lhaleine au visage. Jeanlin, cou-rant pieds nus derrière son train, leur cria une méchan-ceté qu'ils nentendirent pas, dans le tonnerre desroues. Ils allaient toujours, elle silencieuse à présent,lui ne reconnaissant pas les carrefours ni les rues dumatin, simaginant quelle le perdait de plus en plus sousla terre; et ce dont il souffrait surtout, cétait du froid,un froid grandissant qui lavait pris au sortir de la taille,et qui le faisait grelotter davantage, à mesure quil serapprochait du puits. Entre les muraillements étroits, lacolonne dair soufflait de nouveau en tempête. Il déses-pérait darriver jamais, lorsque, brusquement, ils setrouvèrent dans la salle de laccrochage.

Chaval leur jeta un regard oblique, la bouche froncéede méfiance. Les autres étaient, en sueur, dans le cou-rant glacé, muets comme lui, ravalant des grondement^de colère. Ils arrivaient trop tôt, on refusait de les remon-ter avant une demi-heure, dautant plus quon faisait desmanœuvres compliquées, pour la descente dun cheval.Les chargeurs emballaient encore des berlines, avec unbruit assourdissant de ferrailles remuées, et les cagessenvolaient, disparaissaient dans la pluie battante quitombait du trou noir. En bas, le bougnou, un puisard dedix mètres, empli de ce ruissellement, exhalait lui aussison humidité vaseuse. Des hommes tournaient sans cesseautour du puits, tiraient les cordes des signaux, pesaientsur les bras des leviers, au milieu de cette poussièredeau dont leurs vêtements se trempaient. La clartérougeâtre des trois lampes à feu libre, découpant degrandes ombres mouvantes, donnait à cette salle sou-terraine un air de caverne scélérate, quelque forge debandits, voisine dun torrent.

Maheu tenta un dernier effort. Il sapprocha de Pierron,qui avait pris son service à six heures.

Voyons, tu peux bien nous laisser monter.

6