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Germinal / par Émile Zola
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70

LES ROUGON-MACQUART.

après avoir mangé un morceau. Puis, il fut mécontent,de navoir pas dit non, en voyant la joie de Catherine,un joli rire, un regard damitié, heureuse de lui êtrevenue en aide. A quoi bon tout cela ?

Quand ils eurent repris leurs sabots et fermé leurscases, les Maheu quittèrent la baraque, à la queue descamarades qui sen allaient un à un, dès quils sétaientréchauffés. Etienne les suivit, Levaque et son gamin semirent de la bande. Mais, comme ils traversaient le cri-blage, une scène violente les arrêta.

Cétait dans un vaste hangar, aux poutres noires depoussière envolée, aux grandes persiennes d soufflaitun continuel courant dair. Les berlines de houille arri-vaient directement de la recette, étaient versées ensuite pardes culbuteurs sur les trémies, de longues glissières detôle ; et, à droite et à gauche de ces dernières, les cri-bleuses, montées sur des gradins, armées de la pelle etdu rateau, ramassaient les pierres, poussaient le charbonpropre, qui tombait ensuite par des entonnoirs dans leswagons de la voie ferrée, établie sous le hangar.

Philomène Levaque se trouvait, mince et pâle, dunefigure moutonnière de fille crachant le sang. La têteprotégée dun lambeau de laine bleue, les mains et lesbras noirs jusquaux coudes, elle triait au-dessous dunevieille sorcière, la mère de la Pierronne, la Brûlé ainsiquon la nommait, terrible avec ses yeux de chat-huantet sa bouche serrée comme la bourse dun avare. Ellessempoignaient toutes les deux, la jeune accusant lavieille de lui ratisser ses pierres, à ce point quellenen faisait pas un panier en dix minutes. On les payaitau panier, cétaient des querelles sans cesse renaissantes.Les chignons volaient, les mains restaient marquées ennoir sur les faces rouges.

Fous-lui donc un renfoncement ! cria den hautZacharie à sa maîtresse.