GERMINAL.
71
Toutes les cribleuses éclatèrent. Mais la Brûlé se jetahargneusement sur le jeune homme.
— Dis donc, saleté ! tu ferais mieux de reconnaître lesdeux gosses dont tu l’as emplie!... S’il est permis, unebringue de dix-huit ans, qui ne tient pas debout!
Maheu dut empêcher son fils de descendre, pour voirun peu, disait-il, la couleur de sa peau, à cette car-casse. Un surveillant accourait, les rateaux se remi-rent à fouiller la charbon. On n’apercevait plus, du hauten bas des trémies, que les dos ronds des femmes, achar-nées à se disputer les pierres.
Dehors, le vent s’était brusquement calmé, un froidhumide tombait du ciel gris. Les charbonniers gonflè-rent les épaules, croisèrent les bras et partirent, déban-dés, avec un roulis des reins qui faisait saillir leurs grosos, sous la toile mince des vêtements. Au grand jour, ilspassaient comme une bande de nègres culbutés dans dela vase. Quelques-uns n’avaient pas fini leur briquet; etce reste de pain, rapporté entre la chemise et la veste,les rendait bossus.
— Tiens ! voilà Bouteloup, dit Zacharie en rica-nant.
Levaque, sans s’arrêter, échangea deux phrases avecson logeur, gros garçon brun de trente-cinq ans, l’airplacide et honnête.
— Ça y est, la soupe, Louis?
— Je crois.
— Alors, la femme est gentille, aujourd’hui?
— Oui, gentille, je crois.
D’autres mineurs de la coupe à terre arrivaient, desbandes nouvelles qui, une à une, s’engouffraient dans lafosse. C’était la descente de trois heures, encore deshommes que le puits mangeait, et dont les équipesallaient remplacer les marchandages des haveurs, aufond des voies. Jamais la mine ne chômait, il y avait