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LES ROUGON-MACQUART.
sine, en pantoufles et en peignoir de flanelle. Courte,grasse, âgée déjà de cinquante-huit ans, elle gardaitune grosse figure poupine et étonnée, sous la blancheuréclatante de ses cheveux.
— Mélanie, dit-elle à la cuisinière, si vous faisiez labrioche ce matin, puisque la pâte est prête. Mademoisellene se lèvera pas avant une demi-heure, et elle en man-gerait avec son chocolat... Hein! ce serait une surprise.
La cuisinière, vieille femme maigre qui les servait de-puis trente ans, se mita rire.
— Ça, c’est vrai, la surprise serait fameuse... Monfourneau est allumé, le four doit être chaud ; et puis,Honorine va m’aider un peu.
Honorine, une fille d’une vingtaine d’années, recueil-lie enfant et élevée à la maison, servait maintenant defemme de chambre. Pour tout personnel, outre ces deuxfemmes, il n’y avait que le cocher, Francis, chargé desgros ouvrages. Un jardinier et une jardinière s’occu-paient des légumes, des fruits, des fleurs et de la basse-cour. Et, comme le service était patriarcal, d’une dou-ceur familière, ce petit monde vivait en bonne amitié.
Madame Grégoire, qui avait médité dans son lit lasurprise de la brioche, resta pour voir mettre la pâte aufour. La cuisine était immense, et on la devinait la pièceimportante, à sa propreté extrême, à l’arsenal des cas-seroles, des ustensiles, des pots qui l’emplissaient. Celasentait bon la bonne nourriture. Des provisions débor-daient des râteliers et des armoires.
— Et qu’elle soitbien dorée, n’est-ce pas? recommandamadame Grégoire en passant dans la salle à manger.
Malgré le calorifère qui chauffait toute la maison, unfeu de houille égayait cette salle. Du reste, il n’y avaitaucun luxe : la grande table, les chaises, un buffet d’a-cajou; et, seuls, deux fauteuils profonds trahissaientl’amour du bien-être, les longues digestions heureuses.