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LES ROUGON-MACQUART.
comme régisseur, Honoré Grégoire, un garçon de laPicardie, l’arrière-grand-père de Léon Grégoire, père deCécile. Lors du traité de Montsou, Honoré, qui cachaitdans un bas une cinquantaine de mille francs d’économies,céda en tremblant à la foi inébranlable de son maître. Ilsortit dix mille livres de beaux écus, il prit un denier,avec la terreur de voler ses enfants de cette somme. Sonfils Eugène toucha en effet des dividendes fort minces; et,comme il s’était mis bourgeois et qu’il avait eu la sottisede manger les quarante autres mille francs de l’héritagepaternel dans une association désastreuse, il vécut assezchichement. Mais les intérêts du denier montaient peu àpeu, la fortune commença avec Félicien, qui put réaliserun rêve dont son grand-père, l’ancien régisseur, avaitbercé son enfance : l’achat de la Piolaine démembrée,qu’il eut comme bien national, pour une somme déri-soire. Cependant, les années qui suivirent furent mau-vaises, il fallut attendre le dénouement des catastrophesrévolutionnaires, puis la chute sanglante de Napoléon.Et ce fut Léon Grégoire qui bénéficia, dans une pro-gression stupéfiante, du placement timide et inquiet deson bisaïeul. Ces dix pauvres mille francs grossissaient,s’élargissaient, avec la prospérité de la Compagnie.Dès 1820, ils rapportaient cent pour cent, dix millefrancs. En 1844, ils en produisaient vingt mille ; en 1850,quarante. Il y avait deux ans enfin, le dividende étaitmonté au chiffre prodigieux de cinquante mille francs :la valeur du denier, coté à la Bourse de Lille un million,avait centuplé en un siècle.
M. Grégoire, auquel on conseillait de vendre, lorsquece cours d’un million fut atteint, s’y était refusé, de sonair souriant et paterne. Six mois plus tard, une criseindustrielle éclatait, le denier retombait à six cent millefrancs. Mais il souriait toujours, il ne regrettait rien, carles Grégoire avaient maintenant une foi obstinée en leur