Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

324

LES ROUGON-MACQUART.

forêt, ils sétaient réunis cinq cents, parce que le roi nevoulait pas diminuer les heures de travail ; mais il restacourt, il commença le récit dune autre grève : il en avaittant vu t Toutes aboutissaient sous ces arbres, ici au Plan-des-Dames,-bas à la Charbonnerie, plus loin encorevers le Saut-du-Loup. Des fois il gelait, des fois il fai-sait chaud. Un soir, il avait plu si fort, quon étaitrentré sans avoir rien pu se dire. Et les soldats du roiarrivaient, et ça finissait par des coups de fusil.

Nous levions la main comme ça, nous jurions dene pas redescendre... Ahl jai juré, oui! jai juré!

La foule écoutait, béante, prise dun malaise, lorsqueÉtienne, qui suivait la scène, sauta sur larbre abattuet garda le vieillard à son côté. Il venait de reconnaîtreChaval parmi les amis, au premier rang. Lidée queCatherine devait être, lavait soulevé dune nouvelleflamme, dun besoin de se faire acclamer devant elle.

Camarades, vous avez entendu, voilà un de nosanciens, voilà ce quil a souffert et ce que nos enfantssouffriront, si nous nen finissons pas avec les voleurs etles bourreaux.

Il fut terrible, jamais il navait parlé si violemment.Dun bras, il maintenait le vieux Bonnemort, il létalaitcomme un drapeau de misère et de deuil, criant ven-geance. En phrases rapides, il remontait au premierMaheu, il montrait toute cette famille usée à la mine,mangée par la Compagnie, plus affamée après cent ansde travail ; et, devant elle, il mettait ensuite les ventresde la Régie, qui suaient largent, toute la bande des ac-tionnaires entretenus comme des filles depuis un siècle,à ne rien faire, à jouir de leur corps. Nétait-ce pas ef-froyable? un peuple dhommes crevant au fond de pèreen fils, pour quon paie des pots de vin à des ministres,pour que des générations de grands seigneurs et debourgeois donnent des fêtes ou sengraissent au coin de