Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

GERMINAL.

327

était générale, il y a longtemps que nous serions lesmaîtres... Est-ce quun seul homme de Vandame auraitdûdescendre, lorsque Montsou a chômé? Le grand coup,ce serait que le travail sarrêtât dans le pays entier, chezmonsieur Deneulin comme ici... Entends-tu? il ny aque des traîtres aux tailles de Jean-Bart, vous êtes tousdes traîtres !

Autour de Ghaval, la foule devenait menaçante, despoings se levaient, des cris : A mort! à mort! commen-çaient à gronder. Il avait blêmi. Mais, dans sa rage detriompher dEtienne, une idée le redressa.

Écoutez-moi donc! Venez demain à Jean-Bart, etvous verrez si je travaille!... Nous sommes des vôtres,on ma envoyé vous dire ça. Faut éteindre les feux, fautque les machineurs, eux aussi, se mettent en grève. Tantmieux, si les pompes sarrêtent! leau crèvera les fosses,tout sera foutu !

On lapplaudit furieusement à son tour, et dès lorsEtienne lui-même fut débordé. Des orateurs se succé-daient sur le tronc darbre, gesticulant dans le bruit,lançant des propositions farouches. Cétait le coup defolie de la foi, limpatience dune secte religieuse, qui,lasse despérer le miracle attendu, se décidait à le pro-voquer enfin. Les têtes, vidées par la famine, voyaientrouge, rêvaient dincendie et de sang, au milieu dunegloire dapothéose, montait le bonheur universel. Etla lune tranquille baignait cette houle, la forêt profondeceignait de son grand silence ce cri de massacre. Seules,les mousses gelées craquaient sous les talons ; tandis queles hêtres, debout dans leur force, avec les délicates ra-mures de leurs branches, noires sur le ciel blanc, naper-cevaient ni nentendaient les êtres misérables, qui sagi-taient à leur pied.

11 y eut des poussées, la Maheude se retrouva près deMaheu, et lun et lautre, sortis de leur bon sens, empor-