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Germinal / par Émile Zola
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330

LES ROUGON-MÀCQUART.

Forcez-les à descendre, sacrebleu! bégaya-t-il.

Voilà une heure que ça dure, reprit le porion.Alors, nous avons eu lidée de venir vous chercher. Ilny a que vous qui leur ferez peut-être entendre raison.

Cest bien, jy vais.

Vivement, il shabilla, lesprit net maintenant, trèsinquiet. On aurait pu piller la maison, ni la cuisinière,ni le domestique navait bougé. Mais, de lautre côtédu palier, des voix alarmées chuchotaient ; et, lorsquilsortit, il vit souvrir la porte de ses filles, qui toutesdeux parurent, vêtues de peignoirs blancs, passés à lahâte.

Père, quy a-t-il ?

Laînée, Lucie, avait vingt-deux ans déjà, grande,brune, lair superbe ; tandis que Jeanne, la cadette, âgéede dix-neuf ans à peine, était petite, les cheveux dorés,dune grâce caressante.

Rien de grave, répondit-il pour les rassurer. Ilparaît que des tapageurs font du bruit,-bas. Je vaisvoir.

Mais elles se récrièrent, elles ne voulaient pas le lais-ser partir sans quil prît quelque chose de chaud. Au-trement, il leur rentrerait malade, lestomac délabré,comme toujours. Lui, se débattait, donnait sa paroledhonneur quil était trop pressé.

Ecoute, finit par dire Jeanne en se pendant à soncou, tu vas boire un petit verre de rhum et manger deuxbiscuits ; ou je reste comme ça, tu es obligé de mem-porter avec toi.

Il dut se résigner, en jurant que les biscuits lé-toufferaient. Déjà, elles descendaient devant lui, cha-cune avec son bougeoir. En bas, dans la salle à man-ger, elles sempressèrent de le servir, lune versant lerhum, lautre courant à loffice chercher un paquet debiscuits. Ayant perdu leur mère très jeunes, elles sé-