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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

331

taient élevées toutes seules, assez mal, gâtées par leurpère, laînée hantée du rêve de chanter sur les théâtres,la cadette folle de peinture, dune hardiesse de goût quila singularisait. Mais, lorsque le train avait être di-minué, à la suite de gros embarras daffaires, il étaitbrusquement poussé, chez ces filles dair extravagant,des ménagères très sages et très rusées, dont lœil dé-couvrait les erreurs de centimes, dans les comptes.Aujourdhui, avec leurs allures garçonnières dartistes,elles tenaient la bourse, rognaient sur les sous, querel-laient les fournisseurs, retapaient sans cesse leurs toi-lettes, arrivaient enfin à rendre décente la gène crois-sante de la maison.

Mange, papa, répétait Lucie.

Puis, remarquant la préoccupation il retombait,silencieux, assombri, elle fut reprise de peur.

Cest donc grave, que tu nous fais cette grimace?...Dis donc, nous restons avec toi, on se passera de nousà ce déjeuner.

Elle parlait dune partie projetée pour le matin. Ma-dame Hennebeau devait aller, avec sa calèche, cher-cher dabord Cécile, chez les Grégoire; ensuite, elleviendrait les prendre, et lon irait toutes à Marchiennes,déjeuner aux Forges, la femme du directeur les avaitinvitées. Cétait une occasion pour visiter les ateliers, leshauts fourneaux et les fours à coke.

Bien sûr, nous restons, déclara Jeanne à son tour.

Mais il se fâchait.

En voilà une idée ! Je vous répète que ce nestrien... Faites-moi le plaisir de vous refourrer dans voslits, et habillez-vous pour neuf heures, comme cestconvenu.

Il les embrassa, il se hâta de partir. On entendit lebruit de ses bottes qui se perdait sur la terre gelée dujardin.