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LES ROUGON-MACQUART.
Jeanne enfonça soigneusement le bouchon du rhum,tandis que Lucie mettait les biscuits sous clef. La pièceavait la propreté froide des salles où la table est mai-grement servie. Et toutes deux profitaient de cette des-cente matinale pour voir si rien, la veille, n’était resté àla débandade. Une serviette traînait, le domestique se-rait grondé. Enfin, elles remontèrent.
Pendant qu’il coupait au plus court, par les alléesétroites de son potager, Deneulin songeait à sa fortunecompromise, à ce denier de Montsou, ce million qu’il avaitréalisé en rêvant de le décupler, et qui courait aujour-d’hui de si grands risques. C’était une suite ininterrompuede mauvaises chances, des réparations énormes et im-prévues, des conditions d’exploitation ruineuses, puisle désastre de cette crise industrielle, juste à l’heure oùles bénéfices commençaient. Si la grève éclatait chezlui, il était par terre. 11 poussa une petite porte : lesbâtiments de la fosse se devinaient, dans la nuit noire, àun redoublement d’ombre, étoilé de quelques lanternes.
Jean-Bart n’avait pas l’importance du Voreux, maisl’installation rajeunie en faisait une jolie fosse, selon lemot des ingénieurs. On ne s’était pas contenté d’élargirle puits d’un mètre cinquante et de le creuser jusqu’àsept cent huit mètres de profondeur, on l’avait équipé àneuf, machine neuve, cages neuves, tout un matérielneuf, établi d’après les derniers perfectionnements dela science ; et même une recherche d’élégance se re-trouvait jusque dans les constructions, un hangar decriblage à lambrequin découpé, un beffroi orné d’unehorloge, une salle de recette et une chambre de ma-chine, arrondies en chevet de chapelle renaissance,que la cheminée surmontait d’une spirale de mosaïque,faite de briques noires et de briques rouges. La pompeétait placée sur l’autre puits de la concession, à la vieillefosse Gaston-Marie, iniquement réservée pour l’épuise-