GERMINAL.
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gique, Étienne osa sortir de son trou, dès la nuit tom-bée. Il désirait se rendre compte de la situation, voir sil’on devait s’entêter davantage. Lui, pensait lapartiecom-promise ; avant la grève, il doutait du résultat, il avaitsimplement cédé aux faits; et, maintenant, après s’êtregrisé de rébellion, il revenait à ce premier doute, déses-pérant de faire céder la Compagnie. Mais il ne sé l’avouaitpas encore, une angoisse le torturait, lorsqu’il songeait auxmisères de la défaite, à toute cette lourde responsabilitéde souffrance qui pèserait sur lui. La fin de la grève,n’était-ce pas la fin de son rôle, son ambition par terre,son existence retombant à l’abrutissement de la mine etaux dégoûts du coron? Et, honnêtement, sans bas calculsde mensonge, il s’efforcait de retrouver sa foi, de seprouver que la résistance restait possible, que le capitalallait se détruire lui-même, devant l’héroïque suicide dutravail.
C’était en effet, dans le pays entier, un long retentis-sement de ruines. La nuit, lorsqu’il errait par la campa-gne noire, ainsi qu’un loup hors de son bois, il croyaitentendre les effondrements des faillites, d’un bout de laplaine à l’autre. Il ne longeait plus, au bord des chemins,que des usines fermées, mortes, dont les bâtiments pour-rissaient sous le ciel blafard. Les sucreries surtout avaientsouffert; la sucrerie Hoton, la sucrerie Fauvelle, aprèsavoir réduit le nombre de leurs ouvriers, venaient decrouler tour à tour. À la minoterie Dutilleul, la der-nière meule s’était arrêtée le deuxième samedi du mois,et la corderie Bleuze pour les câbles de mine se trou-vait définitivement tuée par le chômage. Du côté de Mar-chiennes, la situation s’aggravait chaque jour : tous lesfeux éteints à la verrerie Gagebois, des renvois continuelsaux ateliers de construction Sonneville, un seul des troishauts fourneaux des Forges allumé, pas une batterie desfours à coke ne brûlant à l’horizon. La grève des charbon-
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