Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

426

LES ROUGON-MACQUART.

niers de Montsou, née de la crise industrielle qui empi-rait depuis deux ans, lavait accrue, en précipitant ladébâcle. Aux causes de souffrance, larrêt des comman-des de lAmérique, lengorgement des capitaux immobi-lisés dans un excès de production, se joignait maintenantle manque imprévu de la houille, pour les quelqueschaudières qui chauffaient encore ; et,, était lagoniesuprême, ce pain des machines que les puits ne fournis-saient plus. Effrayée devant le malaise général, la Com-pagnie, en diminuant son extraction et en affamant sesmineurs, sétait fatalement trouvée, dès la fin de dé-cembre, sans un morceau de charbon sur le carreau deses fosses. Tout se tenait, le fléau soufflait de loin, unechute en entraînait une autre, les industries se culbutaienten sécrasant, dans une série si rapide de catastrophes,que les contre-coups retentissaient jusquau fond descités voisines, Lille, Douai, Valenciennes, des ban-quiers en fuite ruinaient des familles.

Souvent, au coude dun chemin, Étienne sarrêtait,dans la nuit glacée, pour écouter pleuvoir les décombres.Il respirait fortement les ténèbres, une joie du néant leprenait, un espoir que le jour se lèverait sur lextermi-nation du vieux monde, plus une fortune debout, le ni-veau égalitaire passé comme une faux, au ras du sol.Mais les fosses de la Compagnie surtout lintéressaient,dans ce massacre. Il se remettait en marche, aveuglédombre, il les visitait les unes après les autres, heureuxquand il apprenait quelque nouveau dommage. Deséboulements continuaient à se produire, dune gravitécroissante, à mesure que labandon des voies se prolon-geait. Au-dessus de la galerie nord de Mirou, laffaisse-ment du sol gagnait tellement, que la route de Joiselle,sur un parcours de cent mètres, sétait engloutie, commedans la secousse dun tremblement de terre; et laCompagnie, sans marchander, payait leurs champs dis-