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LES ROUGON-MACQUART.
niers de Montsou, née de la crise industrielle qui empi-rait depuis deux ans, l’avait accrue, en précipitant ladébâcle. Aux causes de souffrance, l’arrêt des comman-des de l’Amérique, l’engorgement des capitaux immobi-lisés dans un excès de production, se joignait maintenantle manque imprévu de la houille, pour les quelqueschaudières qui chauffaient encore ; et, là, était l’agoniesuprême, ce pain des machines que les puits ne fournis-saient plus. Effrayée devant le malaise général, la Com-pagnie, en diminuant son extraction et en affamant sesmineurs, s’était fatalement trouvée, dès la fin de dé-cembre, sans un morceau de charbon sur le carreau deses fosses. Tout se tenait, le fléau soufflait de loin, unechute en entraînait une autre, les industries se culbutaienten s’écrasant, dans une série si rapide de catastrophes,que les contre-coups retentissaient jusqu’au fond descités voisines, Lille, Douai, Valenciennes, où des ban-quiers en fuite ruinaient des familles.
Souvent, au coude d’un chemin, Étienne s’arrêtait,dans la nuit glacée, pour écouter pleuvoir les décombres.Il respirait fortement les ténèbres, une joie du néant leprenait, un espoir que le jour se lèverait sur l’extermi-nation du vieux monde, plus une fortune debout, le ni-veau égalitaire passé comme une faux, au ras du sol.Mais les fosses de la Compagnie surtout l’intéressaient,dans ce massacre. Il se remettait en marche, aveugléd’ombre, il les visitait les unes après les autres, heureuxquand il apprenait quelque nouveau dommage. Deséboulements continuaient à se produire, d’une gravitécroissante, à mesure que l’abandon des voies se prolon-geait. Au-dessus de la galerie nord de Mirou, l’affaisse-ment du sol gagnait tellement, que la route de Joiselle,sur un parcours de cent mètres, s’était engloutie, commedans la secousse d’un tremblement de terre; et laCompagnie, sans marchander, payait leurs champs dis-