Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

GERMINAL.

443

moi qui lattendrai sur la route, pour lui cracher au^visage et le traiter de lâche !

Étienne ne la voyait pas, mais il sentait une chaleur,comme une haleine de bête aboyante; et il avait reculé,saisi, devant cet enragement qui était son œuvre. Il latrouvait si changée, quil ne la reconnaissait plus, detant de sagesse autrefois, lui reprochant sa violence,disant quon ne doit souhaiter la mort de personne, puisà cette heure refusant dentendre la raison, parlant detuer le monde. Ce nétait plus lui, cétait elle qui causaitpolitique, qui voulait balayer dun coup les bourgeois,qui réclamait la république et la guillotine, pour débar-rasser la terre de ces voleurs de riches, engraissés du tra-vail des meurt-de-faim.

Oui, de mes dix doigts, je les écorcherais... Envoilà assez, peut-être! notre tour est venu, tu le disaistoi-même... Quand je pense' que le père, le grand-père,le père du grand-père, tous ceux dauparavant, ontsouffert ce que nous souffrons, et que nos fils, les fils denos fils le souffriront encore, ça me rend folle, je pren-drais un couteau... Lautre jour, nous nen avons pasfait assez. Nous aurions foutre Montsou par terre,jusquà la dernière brique. Et, tu ne sais pas? je naiquun regret, cest de navoir pas laissé le vieux étranglerla fille de la Piolaine... On laisse bien la faim étranglermes petits, à moi !

Ses paroles tombaient comme des coups de hache,dans la nuit. Lhorizon fermé navait pas voulu souvrir,lidéal impossible tournait en poison, au fond de ce crânefêlé par la douleur.

Vous mavez mal compris, put enfin dire Étienne,qui battait en retraite. On devrait arriver à une ententeavec la Compagnie : je sais que les puits souffrent beau-coup, sans doute elle consentirait à un arrangement.

Non, rien du tout ! hurla-t-elle.

38