Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

472

LES ROUGOïf-M ACQU ART.

rue. Elle sortit de Montsou, revint sur ses pas, nosa niappeler du trottoir ni taper à la porte. Enfin, elle senalla par le pavé, sur la grande route droite, avec lidéede se rendre au coron, chez ses parents. Mais, quandelle y fut, une telle honte la saisit, quelle galopa le longdes jardins, dans la crainte dêtre reconnue de quel-quun, malgré le lourd sommeil, appesanti derrière lespersiennes closes. Et, dès lors, elle vagabonda, efiaréeau moindre bruit, tremblante dêtre ramassée et con-duite, comme une gueuse, à cette maison publique deMarchiennes, dont la menace la hantait dun cauche-mar depuis des mois. Deux fois, elle buta contre le Vo-reux, seffraya des grosses voix du poste, courut essouf-flée, avec des regards en arrière, pour voir si on ne lapoursuivait pas. La ruelle de Réquillart était toujourspleine dhommes soûls, elle y retournait pourtant, danslespoir vague dy rencontrer celui quelle avait repoussé,quelques heures plus tôt.

Chaval, ce matin-, devait descendre; et cette pen-sée ramena Catherine vers la fosse, bien quelle sentîtlinutilité de lui parler : cétait fini entre eux. On netravaillait plus à Jean-Bart, il avait juré de létran-gler, si elle reprenait du travail auVoreux, il crai-gnait dêtre compromis par elle. Alors, que faire? partirailleurs, crever la faim, céder sous les coups de tous leshommes qui passeraient? Elle se traînait, chancelait aumilieu des ornières, les jambes rompues, crottée jusquàléchine. Le dégel roulait maintenant par les chemins enfleuve de fange, elle sy noyait, marchant toujours, no-sant chercher une pierre sasseoir.

Le jour parut. Catherine venait de reconnaître le dosde Chaval qui tournait prudemment le terri, lorsquelleaperçut Lydie et Bébert, sortant le nez de leur cachette,sous la provision des bois. Ils y avaient passé la nuitaux aguets, sans se permettre de rentrer chez eux, du