GERMINAL.
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quart d’heuré plus tard, comme la bande des grévistes,peu à peu grossie, devenait menaçante, une large portese rouvrit au rez-de-chaussée, des hommes parurent,charriant la béte morte, un paquet lamentable, encoreserré dans le filet de corde, qu’ils abandonnèrent aumilieu des flaques de neige fondue. Le saisissement futtel, qu’on ne les empêcha pas de rentrer et de barricaderla porte de nouveau. Tous avaient reconnu le cheval, àsa tête repliée et raidie contre le flanc. Des chuchote-ments coururent.
— C’est Trompette, n’est-ce pas? c’est Trompette.
C’était Trompette, en effet. Depuis sa descente, jamaisil n’avait pu s’acclimater. Il restait morne, sans goût à labesogne, comme torturé du regret de la lumière. Vaine-ment, Bataille, le doyen de la mine, le frottait amicale-ment de ses côtes, lui mordillait le cou, pour lui donnerun peu de la résignation de ses dix années de fond. Cescaresses redoublaient sa mélancolie, son poil frémissaitsous les confidences du camarade vieilli dans les ténè-bres ; et tous deux, chaque fois qu’ils se rencontraient etqu’ils s’ébrouaient ensemble, avaient l’air de se lamenter,le vieux d’en être à ne plus se souvenir, le jeune de nepouvoir oublier. A l’écurie, voisins de mangeoire, ils vi-vaient la tête basse, se soufflant aux naseaux, échangeantleur continuel rêve du jour, des visions d’herbes vertes,de routes blanches, declartésjaunes,àl’infini.Puis, quandTrompette, trempé de sueur, avait agonisé sur sa litière,Bataille s’était mis à le flairer désespérément, avec desreniflements courts, pareils à des sanglots. Il le sentaitdevenir froid, la mine lui prenait sa joie dernière, cetami tombé d’en haut, frais de bonnes odeurs, qui luirappelaient sa jeunesse au plein air. Et il avait cassé salonge, hennissant de peur, lorsqu’il s’était aperçu quel’autre ne remuait plus.
Mouque, du reste, avertissait depuis huit jours le