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LES ROUGON-MACQUART.
Mais Étienne, les lèvres blanches, criait :
— Si tu ne la lâches pas, je t’étrangle !
Vivement, l’autre se mit debout, car il avait compris, a usifflement de la voix, que le camarade allait en finir. Lamort leur semblait trop lente, il fallait que, tout de suite,l’un des deux cédât la place. C’était l’ancienne bataillequi recommençait, dans la terre où ils dormiraient bien-tôt côte à côte; et ils avaient si peu d’espace, qu'ils nepouvaient brandir leurs poings sans les écorcher.
— Méfie-toi, gronda Chaval. Cette fois, je te mange.
Étienne, à ce moment, devint fou. Ses yeux se noyèrent
d’une vapeur rouge, sa gorge s’était congestionnée d’unflot de sang. Le besoin de tuer le prenait, irrésistible,un besoin physique, l’excitation sanguine d’une muqueusequi détermine un violent accès de toux. Cela monta,éclata en dehors de sa volonté, sous la poussée de la lé-sion héréditaire. Il avait empoigné, dans le mur, unefeuille de schiste, et il l’ébranlait, et il l’arrachait, trèslarge, très lourde. Puis, à deux mains, avec une forcedécuplée, il l’abattit sur le crâne de Chaval.
Celui-ci n'eut pas le temps de sauter en arrière. Iltomba, la face broyée, le crâne fendu. La cervelle avaitéclaboussé le toit de la galerie, un jet pourpre coulaitde la plaie, pareil au jet continu d’une source. Tout desuite, il y eut une mare, où l’étoile fumeuse de la lampese refléta. L’ombre envahissait ce caveau muré, le corpssemblait, par terre, la bosse noire d’un tas d’escaillage.
Et, penché, l’œil élargi, Etienne le regardait. C’étaitdonc fait, il avait tué. Confusément, toutes ses luttes luirevenaient à la mémoire, cet inutile combat contre lepoison qui dormait dans ses muscles, l’alcool lentementaccumulé de sa race. Pourtant, il n’était ivre que defaim, l’ivresse lointaine des parents avait suffi. Ses che-veux se dressaient devant l’horreur de ce meurtre, etmalgré la révolte de son éducation, une allégresse faisait