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Germinal / par Émile Zola
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566

LES ROUGON-MACQUART.

Mais Étienne, les lèvres blanches, criait :

Si tu ne la lâches pas, je tétrangle !

Vivement, lautre se mit debout, car il avait compris, a usifflement de la voix, que le camarade allait en finir. Lamort leur semblait trop lente, il fallait que, tout de suite,lun des deux cédât la place. Cétait lancienne bataillequi recommençait, dans la terre ils dormiraient bien-tôt côte à côte; et ils avaient si peu despace, qu'ils nepouvaient brandir leurs poings sans les écorcher.

Méfie-toi, gronda Chaval. Cette fois, je te mange.

Étienne, à ce moment, devint fou. Ses yeux se noyèrent

dune vapeur rouge, sa gorge sétait congestionnée dunflot de sang. Le besoin de tuer le prenait, irrésistible,un besoin physique, lexcitation sanguine dune muqueusequi détermine un violent accès de toux. Cela monta,éclata en dehors de sa volonté, sous la poussée de la lé-sion héréditaire. Il avait empoigné, dans le mur, unefeuille de schiste, et il lébranlait, et il larrachait, trèslarge, très lourde. Puis, à deux mains, avec une forcedécuplée, il labattit sur le crâne de Chaval.

Celui-ci n'eut pas le temps de sauter en arrière. Iltomba, la face broyée, le crâne fendu. La cervelle avaitéclaboussé le toit de la galerie, un jet pourpre coulaitde la plaie, pareil au jet continu dune source. Tout desuite, il y eut une mare, létoile fumeuse de la lampese refléta. Lombre envahissait ce caveau muré, le corpssemblait, par terre, la bosse noire dun tas descaillage.

Et, penché, lœil élargi, Etienne le regardait. Cétaitdonc fait, il avait tué. Confusément, toutes ses luttes luirevenaient à la mémoire, cet inutile combat contre lepoison qui dormait dans ses muscles, lalcool lentementaccumulé de sa race. Pourtant, il nétait ivre que defaim, livresse lointaine des parents avait suffi. Ses che-veux se dressaient devant lhorreur de ce meurtre, etmalgré la révolte de son éducation, une allégresse faisait