GERMINAL.
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battre son cœur, la joie animale d'un appétit enfin satis-fait. Il eut ensuite un orgueil, l’orgueil du plus fort. Lepetit soldat lui était apparu, la gorge trouée d’un cou-teau, tué par un enfant. Lui aussi, avait tué.
Mais Catherine, toute droite, poussait un grand cri.
— Mon Dieu ! il est mort !
— Tu le regrettes? demanda Étienne farouche.
Elle suffoquait, elle balbutiait. Puis, chancelante, elle sejeta dans ses bras.
— Ah ! tue-moi aussi, ah ! mourons tous les deux !
D’une étreinte, elle s’attachait à ses épaules, et il
l’étreignait également, et ils espérèrent qu’ils allaientmourir. Mais la mort n’avait pas de hâte, ils dénouèrentleurs bras. Puis, tandis qu’elle se cachait les yeux, iltraîna le misérable, il le jeta dans le plan incliné, pourl’ôter de l’espace étroit où il fallait vivre encore. La vien’aurait plus été possible, avec ce cadavre sous les pieds.Et ils s’épouvantèrent, lorsqu’ils l’entendirent plonger,au milieu d’un rejaillissement d’écume. L’eau avait doncempli déjà ce trou? Ils l’aperçurent, elle déborda dansla galerie.
Alors, ce fut une lutte nouvelle. Ils avaient allumé ladernière lampe, elle s’épuisait en éclairant la crue, dontla hausse régulière, entêtée, ne s’arrêtait pas. Ils eurentd’abord de l’eau aux chevilles, puis elle leur mouilla lesgenoux. La voie montait, ils se réfugièrent au fond, ce quileur donna un répit de quelques heures. Mais le flot lesrattrapa, ils baignèrent jusqu’à la ceinture. Debout, ac-culés, l’échine collée contre la roche, ils la regardaientcroître, toujours, toujours. Quand elle atteindrait leurbouche, ce serait fini. La lampe, qu’ils avaient accrochée,jaunissait la houle rapide des petites ondes; elle pâlit,ils ne distinguèrent plus qu’un demi-cercle diminuantsans cesse, comme mangé par l’ombre qui semblaitgrandir avec le flux; et, brusquement, l’ombre les enve-