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LES ROUGON-MA.CQUA.RT.
loppa, la lampe venait de s’éteindre, après avoir crachésa dernière goutte d’huile. C’était la nuit complète, ab-solue, cette nuit de la terre qu’ils dormiraient, sans ja-mais rouvrir leurs yeux à la clarté du soleil.
— Nom de Dieu! jura sourdement Étienne.
Catherine, comme si elle eût senti les ténèbres la sai-sir, s’était abritée contre lui. Elle répéta le mot des mi-neurs, à voix basse :
— La mort souffle la lampe.
Pourtant, devant cette menace, leur instinct luttait,une fièvre de vivre les ranima. Lui, violemment, semit à creuser le schiste avec le crochet de la lampe,tandis qu’elle l’aidait de ses ongles. Ils pratiquèrentune sorte de banc élevé, et lorsqu’ils s’y furent hisséstous les deux, ils se trouvèrent assis, les jambes pendan-tes, le dos ployé, car la voûte les forçait à baisser la tête.L’eau ne glaçait plus que leurs talons ; mais ils ne tar-dèrent pas à en sentir le froid leur couper les chevilles,les mollets, les genoux, dans un mouvement invincibleet sans trêve. Le banc, mal aplani, se trempait d’une hu-midité si gluante, qu’ils devaient se tenir fortement pourne pas glisser. C’était la fin, combien attendraient-ils,réduits à cette niche, où ils n’osaient risquer un geste,exténués, affamés, n’ayant plus ni pain ni lumière? Et ilssouffraient surtout des ténèbres, qui les empêchaient devoir venir la mort. Un grand silence régnait, la minegorgée d’eau ne bougeait plus. Ils n’avaient maintenant,sous eux, que la sensation de cette mer, enflant, du fonddes galeries, sa marée muette.
Les heures se succédaient, toutes également noires,sans qu’ils pussent en mesurer la durée exacte, de plusen plus égarés dans le calcul du temps. Leurs tortures,qui auraient dû allonger les minutes, les emportaient,rapides. Ils croyaient n’être enfermés que depuis deuxjours et une nuit, lorsqu’en réalité la troisième journée