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Germinal / par Émile Zola
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LES ROÜGON-MACQUART.

bouche et y colla passionnément la sienne. Les ténèbresséclairèrent, elle revit le soleil, elle retrouva un rirecalmé damoureuse. Lui, frémissant de la sentir ainsicontre sa chair, demi-nue sous la veste et la culotte enlambeaux, lempoigna, dans un réveil de sa virilité. Etce fut enfin leur nuit de noces, au fond de cette tombe,sur ce lit de boue, le besoin de ne pas mourir avant davoireu leur bonheur, lobstiné besoin de vivre, de faire de lavie une dernière fois. Ils saimèrent dans le désespoir detout, dans la mort.

Ensuite, il ny eut plus rien. Etienne était assis parterre, toujours dans le même coin, et il avait Catherinesur les genoux, couchée, immobile. Des heures, desheures sécoulèrent. Il crut longtemps quelle dormait ;puis, il la toucha, elle était très froide, elle était morte.Pourtant , il ne remuait pas, de peur de la réveiller. Lidéequil lavait eue femme le premier, et quelle pouvait êtregrosse, lattendrissait. Dautres idées, lenvie de partiravec elle, la joie de ce quils feraient tous les deux plustard, revenaient par moments, mais si vagues, qu ellessemblaient effleurer à peine son front, comme le soufflemême du sommeil. Il saffaiblissait, il ne lui restait quela force dun petit geste, un lent mouvement de la main,pour sassurer quelle était bien, ainsi quune enfantendormie, dans sa raideur glacée. Tout sanéantissait, lahuit elle-même avait sombré, il nétait nulle part, horsde lespace, hors du temps. Quelque chose tapait bien àcôté de sa tête, des coups dont la violence se rapprochait;mais il avait eu dabord la paresse daller répondre, en-gourdi dune fatigue immense; et, à présent, il ne savaitplus, il rêvait seulement quelle marchait devant lui etquil entendait le léger claquement de ses sabots. Deuxjours se passèrent, elle navait pas remué, il la touchaitde son geste machinal, rassuré de la sentir si tranquille.

Etienne ressentit une secousse. Des voix grondaient,