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LES ROÜGON-MACQUART.
bouche et y colla passionnément la sienne. Les ténèbress’éclairèrent, elle revit le soleil, elle retrouva un rirecalmé d’amoureuse. Lui, frémissant de la sentir ainsicontre sa chair, demi-nue sous la veste et la culotte enlambeaux, l’empoigna, dans un réveil de sa virilité. Etce fut enfin leur nuit de noces, au fond de cette tombe,sur ce lit de boue, le besoin de ne pas mourir avant d’avoireu leur bonheur, l’obstiné besoin de vivre, de faire de lavie une dernière fois. Ils s’aimèrent dans le désespoir detout, dans la mort.
Ensuite, il n’y eut plus rien. Etienne était assis parterre, toujours dans le même coin, et il avait Catherinesur les genoux, couchée, immobile. Des heures, desheures s’écoulèrent. Il crut longtemps qu’elle dormait ;puis, il la toucha, elle était très froide, elle était morte.Pourtant , il ne remuait pas, de peur de la réveiller. L’idéequ’il l’avait eue femme le premier, et quelle pouvait êtregrosse, l’attendrissait. D’autres idées, l’envie de partiravec elle, la joie de ce qu’ils feraient tous les deux plustard, revenaient par moments, mais si vagues, qu ellessemblaient effleurer à peine son front, comme le soufflemême du sommeil. Il s’affaiblissait, il ne lui restait quela force d’un petit geste, un lent mouvement de la main,pour s’assurer qu’elle était bien là, ainsi qu’une enfantendormie, dans sa raideur glacée. Tout s’anéantissait, lahuit elle-même avait sombré, il n’était nulle part, horsde l’espace, hors du temps. Quelque chose tapait bien àcôté de sa tête, des coups dont la violence se rapprochait;mais il avait eu d’abord la paresse d’aller répondre, en-gourdi d’une fatigue immense; et, à présent, il ne savaitplus, il rêvait seulement qu’elle marchait devant lui etqu’il entendait le léger claquement de ses sabots. Deuxjours se passèrent, elle n’avait pas remué, il la touchaitde son geste machinal, rassuré de la sentir si tranquille.
Etienne ressentit une secousse. Des voix grondaient,