Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

GERMINAL.

879

Un instant, sur le chemin qui devenait rose, Étiennesarrêta. Il faisait bon respirer cet air si pur du printempsprécoce. La matinée sannoncait superbe. Lentement, lejour grandissait, [a vie de la terre montait avec le soleil.Et il se remit en marche, tapant fortement son bâtonde cornouiller, regardant au loin la plaine sortir desvapeurs de la nuit. Il navait revu personne, la Maheudeétait venue une seule fois à lhôpital, puis navait purevenir sans doute. Mais il savait que tout le coron desDeux-Cent-Quarante descendait à Jean-Bart maintenant,et quelle-même y avait repris du travail.

Peu à peu, les chemins déserts se peuplaient, des char-bonniers passaient continuellement près dÉtienne, laface blême, silencieux. La Compagnie, disait-on, abusaitde son triomphe. Après deux mois et demi de grève,vaincus par la faim, lorsquils étaient retournés auxfosses, ils avaient accepter le tarif de boisage, cettebaisse de salaire déguisée, exécrable à présent, en-sanglantée du sang des camarades. On leur volait uneheure de travail, on les faisait mentir à leur serment dene pas se soumettre, et ce parjure imposé leur restait entravers de la gorge, comme une poche de fiel. Le travailrecommençait partout, à Mirou, à Madeleine, à Crèvecœur,àla Victoire. Partout, dans la brume du matin, le long deschemins noyés de ténèbres, le troupeau piétinait, desfiles dhommes trottant le nez vers la terre, ainsi que dubétail mené à labattoir. Ils grelottaient sous leurs mincesvêtements de toile, ils croisaient les bras, roulaient lesreins, gonflaient le dos, que le briquet, logé entre lachemise et la veste, rendait bossu. Et, dans ce retour enmasse, dans ces ombres muettes, toutes noires, sans unrirfe, sans un regard de côté, on sentait les dents serréesde colère, le cœur gonflé de haine, lunique résignationà ia nécessité du ventre.

Plus il approchait de la fosse, et plus Étienne voyait