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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

leur nombre saccroître. Presque tous marchaient isolés,ceux qui venaient par groupes, se suivaient à la flle,éreintés déjà, las des autres et deux-mêmes. Il en aperçutun, très vieux, dont les yeux luisaient, pareils à des char-bons, sous un front livide. Un autre, un jeune soufflait,dun souffle contenu de tempête. Beaucoup avaient leurssabots à la main ; et lon entendait à peine sur le sol lebruit mou de leurs gros bas de laine. Cétait un ruisselle-ment sans lin, une débâcle, une marche forcée darméebattue, allant toujours la tête basse, enragée sourdementdu besoin de reprendre la lutte et de se venger.

Lorsque Étienne arriva, Jean-Bart sortait de lombre,les lanternes accrochées aux tréteaux brûlaient encore,dans laube naissante. Au-dessus des bâtiments obscurs,un échappement sélevait comme une aigrette blanche,délicatement teintée de carmin. Il passa par lescalier ducriblage, pour se rendre à la recette.

La descente commençait, des ouvriers montaient de labaraque. Un instant, il resta immobile, dans ce vacarmeet cette agitation. Des roulements de berlines ébranlaientles dalles de fonte, les bobines tournaient, déroulaientles câbles, au milieu des éclats du porte-voix, de la son-nerie des timbres, des coups de massue sur le billot dusignal; et il retrouvait le monstre avalant sa ration dechair humaine, les cages émergeant, replongeant, en-gouffrant des charges dhommes, sans un arrêt, avec lecoup de gosier facile dun géant vorace. Depuis son acci-dent, il avait une horreur nerveuse de lamine. Ces cagesqui senfoncaient, lui tiraient les entrailles. Il dut tournerla tête, le puits lexaspérait.

Mais, dans la vaste salle encore sombre, que les lan-ternes épuisées éclairaient dune clarté louche, il naper-cevait aucun visage ami. Les mineurs qui attendaient,pieds nus, la lampe à la main, le regardaient de leursgros yeux inquiets, puis baissaient le front, se reculaient