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Germinal / par Émile Zola
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GERMINAL.

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dun air de honte. Eux, sans doute, le connaissaient, etils navaient plus de rancune contre lui, ils semblaient aucontraire le craindre, rougissant à lidée quil leur repro-chait dêtre des lâches. Cette attitude lui gonfla le cœur, iloubliait que ces misérables lavaient lapidé, il recommen-çaitle rêve de les changer en héros, de diriger le peuple,cette force de la nature qui se dévorait elle-même.

Une cage embarqua des hommes, la fournée disparut,et comme dautres arrivaient, il vit enfin un de seslieutenants de la grève, un brave qui avait juré de mourir.

Toi aussi ! murmura-t-il, navré.

Lautre pâlit, les lèvres tremblantes; puis, avec ungeste dexcuse :

Que veux-tu? jai une femme.

Maintenant, dans le nouveau flot monté de la baraque,il les reconnaissait tous.

Toi aussi ! toi aussi ! toi aussi !

Et tous frémissaient, bégayaient dune voix étouffée :

Jai une mère... Jai des enfants... Il faut du pain.

La cage ne reparaissait pas, ils lattendirent, mornes,

dans une telle souffrance de leur défaite, que leurs regardsévitaient de se rencontrer, fixés obstinément sur le puits.

Et la Maheude? demanda Etienne.

Ils ne répondirent point. Un fit signe quelle allait venir.Dautres levèrent leurs bras, tremblants de pitié : ah 1 lapauvre femme! quelle misère! Le silence continuait, etquand le camarade leur tendit la main, pour leur direadieu, tous la lui serrèrent fortement, tous mirent danscette étreinte muette la rage davoir cédé, lespoir fié-vreux de la revanche. La cage était, ils sembarquèrent,ils sabîmèrent, mangés par le gouffre.

Pierron avait paru, avec la lampe à feu libre desporions, fixée dans le cuir de sa barrette. Depuis huitjours, il était chef déquipe à laccrochage, et les ouvrierssécartaient, car les honneurs le rendaient fier. La vue