UiS '/[KUXES LETTRES
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seuls que je veux, vous qai sentez et pensez ä Funissonde votre ami, dites , ne vous est-il pas arrive, dansune des heures solitaires oü nous nous parlons ä nous-memes , oü nous nous grondons nous-memes, oüFamo fait de sourds reproches ä l’esprit, oü l’esprit serevolte et plaide ä huis clos contre l’äme; ne vousest-il pas arrive, dans ce silence et celte solennitepresque lugubres, d’avoir la. meine fantaisie que moi,d’ouvrir quelque vieux tiroir oublie, quelque malleprivee de la moitie de ses clous, quelque portefeuillede cuir jadis noir et qui aura bruni et rougi dans uncoin du secretaire en marqueterie que vous a leguevotre aieul? Avec quel sentiment de terreur, dites-moi,aurez-vous eparpille sur la table en face du feu quipetillait, pendant que la pluie tombait au dehors,les vieilles lettres contenues dans ce receplacle de vosantiquites personnelles, de vos peches anterieurs?
Ge sentiment doux et funebre, naturel et etrange,dont je vous parle, l’avez-vous eprouve en feuillelantvos vieilles lettres?
Les voilä donc, ces pauvres lettres! Combien d’entreelles ont ete regues avec emolion, avec bonheur, avecaugoisset II y a des larmes surcelle-ci, larmes secheesqui n’ont plus de source dans mon cceur. Quelle estcette ecriture? Gelle d’un des mille rivaux qui traver-sent notre spbere et qui nous disent en bourdonnantautour de nous: Je suis votre ami; puis ils passent,oublient et bourdonnent toujours. Quand je recevaiscelte autre lettre, dontla petite ecriture estsi tremblee,le sang circulait plus vite dans mes veines, et monfront se serrait d’un bandeau de fer, et mes yeuxs’obscurcissaient sous les larmes. II y a maintenant
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