LES VIEILLES I.ETTRHS
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Voilä ce que j’apprends de vous, oh! mes vieilieslettres! feuilles absurdes, chaos oublie! comptes etecrits indecbiffrables , l’amour ici, la haine lä-bas,souvent la folie, de temps en terops de bonnes pensees,et toujours douleur pour le vice commo pour la vertu;car le sort, quand il a oublie de punir le mal, s’amuseä punir le bien, —ilnous chätie de nos qualites commede nos sottises!
Öh! mes vieilles lettres! cadavres d’amours et d’a-mities! croyanees fragiles, illusions detruites, rayonsevanouis!
Les vieilles lettres sont un grand dossier contro legenre bumain ! Qui pourrait relire les lettres autrefoisecrites par nous-meme, sans y relrouver les traces deso-lantes d’une naivete perdue, d’une bonte effacee, d’uneconfiance eteinte, d’une bienveillance evanouie, d’uneesperance dans les hommes et Dieu, esperance que letemps et le monde onl penetree d’amertume!
Qu’il est triste et bizarre de revoir aussi confondueslesruines desa vie, tous ces cadavres de nos cbamps debataille et tous ces informes debris de nos passions lesplus oberes. Celteannee j’etaisfat, et cette autre, erudit;voici trois mois de folie musicale, et six ans de folieamoureuse; un hiver d’ardenie passion pour Goetheet Frederic Richter, autrement dit Jean-Paul, le plusallemand des allemands. Voici des douleurs et des joies,des esperances el des deceptions; des romans qui touscommencent si bien, qui tous finissent si mal! helas !
On voitse developper dans les vieilles lettres, non-seulement les vieux amis et les vieilles amities, maisles vieux ennemis et les vieilles inimities. On les voitsourdre, poindre, grossir, se cacher, se voiler, se