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LES VIEILLES LETTRES
replier, reparaitre, attendre le moment favorable, sederober sous Yhumble serviteur, se draper sous le de-vouement de la Signatare, quelquefois cbercher unrefuge dans la brusquerie ou l’exigence du texte, dansune querclle d’AUemand ou une taquinerie ä propos debottes. Puis, quand l’beure est venue, que l’ennemi devieillo date, embusque depuis longtemps, vous croitbattu du sort, oublie des uns, attaque par les autres,qu’il aperqoit bien ä decouverttous les defauts de votrecuirasse, oh! alors il se montre; sa lettre est insolente;la troisieme personne du verbe vous y insulte haute-raent; la negative et le refus vous battent en breche.Quelquefois (ce qui est plus habile) rennemi prendroffensive. Vous ötes accable, etonne, etourdi de lamultitude de ses griefs; vous lui avez fait ceci et celaet encore cela; vous ne l'avez pas salue, teljour, aufoyer de l’Opera; vous avez neglige de lui renvoyer cequ’il desirait; vous etes un monstre; vous avez payed’ingratitude cette tendre ei profonde amitie; il rompLmalgre lui, il vous declare la guerre; en effet, vousetes pauvre, il est riche; —que faire d’un ami pauvre?
Ohl les vieilles lettres! les vieilles lettres! Je vousle repete, toutes les le<jons de la vie sont la 1
Quand mon cousin le notaire constitutionnel etaitsecoud clerc d’huissier, i! m’ecrivait avec unetendressesi delicate, si epanouie, que jamais ses vieilles lettresne sortiront ni de mon bureau, ni de ma pensee.Depuis cette epoque, — rien.
Mais, je le repete, que faire d’un parent poele,quand on n’est plus clerc d’huissier! Mon cousin— vertueux et exact — ne m’ecrit plus du tout. Ilpense ä ce sujet comrne Charles Lamb.