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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SUll LA VIE DE JEAN RACINE.

i3

Cest à Britannirtts quil faut justifierUn soin dont s es malheurs se doivent défier.

Vous pouvez .sans péril respecter sa misère;

Néron na point juré la perte de son frère ;

Quelque froideur qui semble altérer leurs esprits,

\ otre maitre nest point au nombre «les proscrits.Néron même, en son coeur touché «le votre zèle.Vous en tiendroit peut-être un compte plus fidèle,Que de tous ces respects vainement assidus,Oubliés dans la foule aussitôt que rendus.

NARCISSE.

Ce langage, seigneur, est facile à comprendre;Avec quelque bouté, César daigne mentendre !

Mes soins trop bien rems pourroient vous irriter....A l'avenir, seigneur, je saurai léviter.

BIIRRH1 8.

Narcisse, vous réglez mes desseins sur les vôtres;Ce que vous avez fait, vous l'imputez aux autres.Ainsi, lorsquinutile au reste des humains,

Claude laissoit gémir lempire entre vos mains,

I.e reproche éternel de votre conscienceCondamnait devant lui Rome entière au silence.Vous lui laissiez à peine écouter vos flatteurs,

I.e reste vous sembloit autant daccusateurs,

Qui, prêts a s'élever contre votre conduite,Alloient de nos malheurs développer la suite;

Et lui portant les cris du peuple et du sénat,

Lui demander justice au nom de tout létat.Toutefois pour César je crains votre présence;

Je crains, puisquil vous faut parier sans complai-sance ,

Tous ceux qui, comme vous, flattant tous scs désirs,Sont toujours dans son cœur du parti des plaisirs.Jadis à nos conseils Jcmpercur plus «locileAffectoit pour son frère une bonté facile,

Et de son rang pour lui modérant la splendeur,

De sa chute à ses yeux eachoit la profondeur.

Quel soupçon aujourdhui, quel désir de vengeanceRompt du sang des Césars lheureuse intelligence?Junie est enlevée, Agrippine frémit;

Jaloux et sans espoir Britannirus gémit :

Du cœur de lempereur son épouse bannie,

Dun divorce à toute heure attend lignominie.

F.lle pleure. Et voilà ce que leur a coûtéLentretien dun flatteur qui veut être écouté.

NARCISSE.

Seigneur, cest un pou loin pousser la violence.Vous pouvez tout; j'écoute, et garde le silence.Mes actions un jour pourront vous repartir.

Jusque....

B1JRBHUS.

Puissiez-vous bientôt me démentir!

Plût aux dieux quen effet ce reproche vous touche !Je vous aiderai même à me fermer la bouche.Séneque, dont les soins devroient me soulager,Occupé loin de Rome, ignore ce danger.

Réparons, vous et moi, cette absence funeste :

Du sang de 110s Césars réunissons le reste.Rapprochons-les, Narcisse, au plus tôt, dès ce jour,Tandis quils ne sont point séparés sans retour.

On ne trouve rien dans cetic scène qui ne ré-ponde au reste de la pièce pour la versification :mais son ami craignit quelle ne produisît unmauvais effet sur les spectateurs. «Vous fes in-disposerez , lui dit-il, en leur montrant ces deuxhommes ensemble. Pleins dadmiration pour lun,et dhorreur pour lautre , ils souffriront pendantleur entretien. Convient-il au gouverneur de lem-pereur, à cet homme si respectable par son rang

et sa probité, de sabaisser à parler à un misérableaffranchi, le plus scélérat de tous les hommes? Ille doit trop mépriser pour avoir avec lui quelqueéclaircissement. El, dailleurs, quel fruit espère-t il de scs remontrances? Est-il assez .simple pourcroire quelles feront naître quelques remordsdans le cœur de Narcisse ? Lorsquil lui fait con-noître l'intérêt quil prend à Brilannicus , il dé-couvre son secret à un traître ; et, au lieu deservir Britannicus , il en précipite la perte. « Cesréflexions parurent justes, et la scène fui sup-primée.

Cette pièce fit connoître que lauteur nétoitpas seulement rempli des poètes grecs, et quilsavoît également imiter les fameux écrivains delantiquité. Que de vers heureux, et combiend'expressions énergiques prises dans Tacite ! Toutce que Bucrhus dit à Néron , quand il se jette àses pieds et quil tâche de lattendrir eu faveur deBritannicus, est un extrait de ce que Sénèque aécrit de plus beau dans son traité sur la clé-mence , adressé à ce même Xéron. Ce passagedu panégyrique de Trajan par Pline , Insnlasquas modo senalorttm 3 jnm detalr.rum turba com-pléterai , etc. , a fourni ces deux beaux vers :

Les déserts, autrefois peuplés de sénateurs,

Ne sont plus habités que par leurs délateurs.

M. de Fontenelle, dans la vie de Corneilleson oncle, nous dit que Bérénice fut un duel. Eneffet, ce vers de Y'irgile ,

Infelix puer atque impar congressus Acbilli,

fut appliqué alors par quelques personnes aujeune combattant, à qui cependant la victoiredemeura. Elle ne fut pas môme disputée ^ lapartie nétoit pas égale. Corneille néloit plus leCorneille du Cid et des lloraces, il étoit devenulauteur dAgésilas. Une princesse Ali fameuse parson esprit et par son amour pour la poésie avoilengagé les deux rivaux à traiter ce même sujet.Ils lui donnèrent en celte occasion une grandepreuve de leur obéissance, et les deux Bérénicesparurent en même temps en îfiyo® 9 .

Labbé de Yillars voulut faire briller son es-prit aux dépens de lune et «le lautre pièce ; sesplaisanteries furent trouvées très fades , et sescritiques parurent outrées à Subligny lui-même ,qui , prenant alors la défense du même poètedont il avoit critiqué YAndromaque, lit voir quelécrivain ingénieux du Peuple élémentaire nVn-tendeit pas les matières poétiques. Tout sert auxauteurs sages. Labbé de Yillars avoit vivementrelevé cette exclamation , Dieux! échappée à Bé-rénice. Lauteur, en recoimoissant sa faute, encorrigea deux autres de la même nature , dontson critique ne sétoit pas aperçu. Bérénice disoità la fin du premier acte :

Rome entière, en ce meme moment,

Fait des vœux pour Titus, et, parMes sacrifices,De son règne naissant consacre les prémices.

Je prétends quelque part à des souhaits si doux ;Phénice, allons nous joindre aux vœux quon faitpour nous.