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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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MÉMOIRES

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Et, dans lacte suivant, Bérénice dîÿrit ù Titus :Pourquoi des immortels attester la puissance?

Bans ia seconde édition , lauteur changea ccsexpressions qu'il avoit mises dans la bouche deBérénice , sans faire .-mention quelle éioit Juive.

Sa tragédie, quoique honorée du suIVrage dugrand Coudé, par lheureuse application quil avaitfaite de ces deux vers ,

Depuis trois ans entiers chaque jour je la vois,

Et crois toujours la voir pour la première fois,

fut très peu respectée sur le théâtre italien. Ilassista à cette parodie bouffonne , et y parut rireconnue les autres ; mais il avouoit ù scs amisquil navoil ri quextérieurement. La rime indé-cente quArlrquin mcLloil à la suite de la reineBérénice, le chagrinent au point de lui faire ou-blier le concours du public à sa pièce , les larmesdes spectateurs , cl les éloges de la cour. Cétoitdans de pareils moments quil se dégoütoit dumétier de poêle, et quil faisoit résolution dy re-noncer : il reconnoissoit la foiblessn de liiummeet la vanité de notre amour-propre, que si peude chose humilie. H fut encore frappe dun motde Chapelle , qui fit plus d impression sur lui quetoutes les critiques de lubbc do. Yillars, quilavoil su mépriser. Scs meilleurs amis vaiiloientlart avec lequel il avoit traité un sujet si simple,en ajoutant que le sujet nav oit pas été bien choisi.Il ne J'avoit pus choisi ; la princesse que j'ai nom-mée lui avoit fait promettre quil le traiteroit : etcomme courtisan, il sétoit engagé. «Si je myélois trouvé, disoil Boileau , je laurois bien em-pêché de donner sa parole. « Chapelle , sans louerni critiquer, gardoit le silence. Mon père enlin lepressa vivement de se déclarer, Avouez-moi en ami ,lui dit il, votre sentiment. Que pensez-vous de Béré-nice. ? Ce que j'en pense ? répondit Chapelle, Ma-rion pleure, Marion crie , Marion veut quon lamarie. Ce mot, qui fut bientôt répandu, a été at-tribué mal à propos à dautres.

La parodie bouffonne faite sur le théâtre Ita-lien, les railleries de Saint-Évrrmonl . et Je mot deChapelle, ne eonsoloient pas Corneille, qui voyoilla. Bérénice , rivale de lu sienne, raillée et suivie,tandis que la sienne étoit entièrement aban-donnée.

Il avoit depuis long-temps de véritables in-quiétudes , et nen avoit point fait mystère à sonami Saint-Évremont, lorsque, le remerciant deséloges quil avoit reçus de lui dans sa dissertationsur l'Alexandre, il lui avoit écrit:

«Vous m'honore* de voire estime clans untemps il semble quil y ait un parti fait pourne m en laisser aucune. Cest un merveilleuxavantage pour moi, qui ne peux douter que lapostérité ne sen rapporte, à vous. Aussi je vousavoue que je pense avoir quelque droit de traiterde ridicules ees vains trophées quon établit surles anciens héros refondus à notre mode.»

Cette critique injuste a ébloui quelques per-sonnes, surtout depuis quun, écrivain célèbre la

renouvelée. « Pourquoi , dit-il, ccs héros 11e nousfont-ils pas lire ? Cest que nous ne sommes passavants; nous ignorons les mœurs des Grecs etdes Knrnains. Il faudrait, pour en rire , des genséclairés. La chose est assez risible: mais il manquedes rieurs.* Quand le parterre seroit rempli degens instruits des mœurs grecques et romaines,les rieurs manqueraient encore , puisque ceux quiont formé leur goût dans les lettres grecques etromaines connoissent encore mieux que les autresle mérite de ces tragédies qui paraissent risiblesa M. de Fontanelle. Le souvenir dune ancienneépigramme peut-il rester si long temps sur lecœur ?

Corneille étoit excusable, quand il clicreboilquelques prétextes pour se consoler. Il avoit deschagrins, et ces chagrins lui avoienl fait prendreen mauvaise part une plaisanterie de la comédiedes B laideurs, ce vers du Cid ,

Ses rides sur son front ont grave scs exploits,

est appliqué à un vieux sergent. « Ne tient-il donc,disoit-il, quà un jeune homme de venir ainsitourner en ridicule les vers des gens?» LollensenéloU pas grave, mais il uétoil pas de bonnehumeur.

ftegrais rapporte quétant auprès de lui à lareprésentation de Bajazet, qui fut joué en 1G7U,Corneille lui fil observer que tous les personnagesde cette pièce avoient, sous des babils turcs, dessentiments franeoîs. «Je ne le dis quà vous,ajouta-t-il : dautres croiroient que la jalousie mefait parler. » Eh! pourquoi simaginer que lesI nies ne savent pas exprimer comme nous Ipssentiments de la nature? Si Corneille eût voulujeter les yeux sur tant de lauriers et sur tantdannées dont il étoit chargé, il nauroit pointcompromis une gloire qui 11e pouvoit plus croître.Tantôt il se flatloit que scs rivaux attendaient samort avec impatience , ce qui lui faisoit dire :

Si mes quinze lustres

Font encor quelque peine aux modernes illustres ,Sil en est de fâcheux jusquà sen chagriner,

Je naurai pas long-temps à les importuner.

TantoL simaginant que les pièces quon pré-ft-,roit aux siennes ne dévoient leur succès qu'auxbrigues, il disoit :

Pour me faire admiier je ne fais point de ligues:Jai peu de voix pour moi, mais je lésai sans brigues';Et mon ambition, pour faire plus de bruit,

Ne les va point quêter de'réduit en réduit...

Je ne dois quà moi seul toute ma renommée.

Son malheur venoit de sa tendresse inconce-vable pour les enfants de sa vieillesse, quil croyoitque fout le inonde devait admirer comme il lesadmiroil. Cependant il étoit obligé davoir recoursà la troupe, des comédiens du Marais , parrequecelle de lJiûlel de Bourgogne , occupée des piècesde son rival, rcfusoii les siennes. Les pièces dugrand Corneille, refusées par les comédiens! Ovieillesse ennemie! à quelle humiliation elle ex-pose un poète qui veut lêtre trop long temps !