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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SUR LA YIE DE JEAN RACINE. a3

lavoil süds doute en Tue lorsquil fit valoir lem-pressement de lacadémie h chercher des sujets »dans le discours quil prononça, le 5o octobrede celte moine année 1G78, à la réception deM. labbé Colbert, depuis archevêque de Rouen. Oui , monsieur, lui disoit-il, lacadémie vous achoisi : car nous voulons bien quon le sache, cen'est point la brigue, ce ne sont point les sollici-tations qui ouvrent les portes de l'académie , elleva elle-même au-devant du mérite ; elle lui épar-gne lembari as de se venir ollïir ; elle cherche lessujels qui lui sont propres, etc.

Jignore si lacadémie éloit alors dans lusage,comme le disoit son directeur, de choisir et dechercher elle-même scs sujets. Je sais seulementque tous les académiciens ne songeoient pas àchercher Boileau , et il y en avoit plusieurs quilne songeoit pas non plus à solliciter. Le roi luidemanda un jour, pendanL son souper, sil étoitde lacadémie. Boileau répondit avec un air fortmodeste quil néloit pas digne den être. 1 Je veuxque vous en soyez, » répondit le roi. Quelquetemps après une place vaqua, et La Fontaine,qui la vouloii solliciter, alla lui demander sil se-roit son concurrent. Boileau lassura que non, etne fit aucune démarche. Il eut cependant quel-ques voix ; mais la pluralité fut pour La Fontaine :et lorsque, suivant lusage, on alla demander auroi son agrément pour cette nomination , le rotrépondit seulement, «Je verrai:» de manière queLa Fontaine , quoique nommé , ne fut point reçu ,et resta très long-temps, ainsi que l'académie,dans lincertitude. EnCu une nouvelle place va-qua , et lacadémie aussitôt nomma Boileau. Leroi, lorsquon lui demanda son agrémeut, lac-corda, en ajoutant: «Maintenant vous pouvezrecevoir La Fontaine. » Boileau fut reçu le 3juillet 1684. Lassemblée fut nombreuse le jourde sa réception. On étoit curieux dentendre sondiscours. 11 ctoit obligé de louer et de shumilier.Il reeevoit une grâce inespérée, cl il neloit pashomme à faire un remerciement à genoux. Il setira habilement de ce passage difficile. Il louasans flatterie , il shumilia noblement , et, en di-sant que lentrée de lacadémie lui devoit êtrefermée pav tant de raisons, il fit songer à tantdacadémiciens dont les noms éloient dans sessatires.

A. la fin de cette même année Corneille mou-rut, et inon père, qui, le lendemain de cettemort, entroit dans les fonctions de directeur ,prétendoit que cétoit à lui à faire faire pourlacadémicien qui venoit de mourir un servicesuivant la coutume. Mais Corneille étoit mortpendant la nuit, et lacadémicien qui éloit en-core directeur la veille prétendit que , commeil nétoit sorti de place que le lendemain malin ,il étoit encore dans ses fonctions au moment dela mort de Corneille, et que par conséquent cétoità lui à faire faire le service. Cette dispute na-voit pour motif quune, généreuse émulation*,ions deux vouloient avoir lhonneur de rendreles devoirs funèbres à un mort si illustre. Cellecontestation glorieuse pour les deux parties futdécidée par lacadémie en faveur de l'ancien di-

recteur ; ce qui donna lieu à ce mot fameux queBenseradc dit à mou père : « Nul aulre que vou9ne pouvait prétendre à enterrer Corneille, ce-pendant vous navez pu y parvenir. »

La place de Corneille à lacadémie fut rempliepar Thomas Corneille son frère , qui fut reçuavec M. Bergeret. Mon père , qui présidoit àcette réception en qualité de directeur, répondità leurs remerciements par un discours qui futtrès applaudi, et il le prononça avec tant degrâce, quil répara entièrement le discours de saréception. La matière de celui-ci lui avoiL pludavantage. Ladmiraiion sincère quil avoit pourCorneille le lui avoit inspiré. Bayle, en rappor-tant que Sophocle, lorsquil apprit la mort dKu-ripide , parut sur le théâtre en habit de deuil, etonlonna à ses acteurs dûter leurs couronnesajoute : Ce que fit alors Sophocle étoit unepreuve très équivoque de son regret, pareequedeux grands hommes qui aspirent à la mêmegloire , qui veulent sexclure lun l'autre du pre-mier rang, scntrcsiimeut intérieurement plusquils 11e voudroient, mais ne sentraiment pas.Lun deux vicnt-ilà mourir , le survivant courralui jetpr de leau bénite , et en fera léloge de boncœur : il est délivré des épines de la concur-rence. » Par cetle même raison, Corneille avoitfait dire à Cornélie, sur la douleur de César à lamort de Pompée,

O soupirs! ô regrets! à quil est doux de plaindreLe sort dun ennemi quand il nest plus à craindre !

Quiconque eût pensé la même chose en cetteoccasion eût été très injuste. Les deux rivaux de-puis longtemps ne combatloient plus, et tousdeux retirés de la carrière Davoient plus rien àse disputer; cétoit au public à décider. 11 napoint encore décidé : on sest toujours contentéde les comparer entre eux. Le parallèle a souventété fait, et presque toujours avec plus d'aniillicscsque de justesse. M. de Fontenelle , qui, malgré ladouceur de son caractère, témoigne dans la viede Corneille un peu de passion contre le rival deCorneille , règle ainsi les places (je parle de celtevie imprimée dans la dernière édition de scs œu-vres : celle qui se trouve dans lhistoire de laca-démie frauçoise ne contient pas-les mêmes pa-roles): « Corneille a la première place, Racinela seconde. On fera , à son gré , lintervalle entreces deux places un peu plus ou moins grand.Cest ce qui se trouve, en ne comparant queles ouvrages de part et dautre. Mais si on com-pare ces deux hommes, linégalité est plus grande.Il peut être incertain que Racine eût été. si Cor-neille neût pas élé avant lui : il est certain queCorneille a élé par lui-même. » M. de Fontenelle ,qui a toujours été applaudi quand il a écrit surles matières qui font lobjet des travaux de laca-démie des sciences , a souvent rendu sur le Par-nasse des décisions qui ont eu peu de partisans :ce qui me fait espérer que celle-ci sera dunombre.

Pour revenir au discours prononcé à la récep-tion de Thomas Corneille, je ferai remarquer