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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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MÉMOIRES

quil ncst pas étonnant que mon pète, qui na-voif pas été heureux dans le discours sur sa propreréception, lait été dans celui-ci, qui lui fournis-sait pour sujet léloge de (Corneille. Tl le faîsoitdans IVlfusion de son cœur, parccquil étoit inté-rieurement persuadé que Corneille valoit beau-coup mieux que lui : et en cela seulement il pen-soit comme RI. de Fontenelle. Quelque craintequil eût de parler de vers à mon frère, quand ille vit en âge de pouvoir discerner le bon du mau-vais . il lui lit apprendre par cœur des endroitsde C-inna, et lorsquil lui enlenduil réciter cebeau vers,

Et, monté sur le faite, il aspire à descendre,

« Ttomarqurz-bien cette expression , lui disoit-ilavec enthousiasme. On dit aspirer à monter ; maisil faut connaître le cœur humain aussi bien queCorneille la connu , pour avoir su dire de lam-bitieux quil aspire ù descendre. On ne croirapoint quil ait alleelé la modestie lorsqu il parloitainsi on particulier à son lils : il lui disuit ce qu ilpensoit.

Tout lendroit de son discours dans lacadémie ,qui contenoit léloge de Corneille, fut extrême-ment goûté ; et comme il avoit réussi parce-quil louoit ce quil admirait , il réussit égale-ment dans léloge de Louis XIV, lorsque, sa-dressant à Bergeret, premier commis du secré-taire. détat des affaires étrangères, il lit voir com-bien les négociations étoient faciles sous un roidont les ministres navoient tout au plus quel'embarras de faire entendre avec dignité aux coursétrangères ce qu'il leur dirtoit avec sagesse. , ildépeignit le roi, la veille du jour quil partitpour se mettre à la tête de ses aimées, écrivantdans son cabinet six lignes pour les envoyer àson ambassadeur, et les puissances étrangères nepouvant sécarter dun seut pas du cercle étroit quileur étoit tracé par ces six lignes. Paroles qui re-préseiiloiciil toutes ces puissances sous l image duroi Antioclms, étonné, quoique à la tête de sesarmées , du cercle que l'ambassadeur romaintraça autour de lui, et obligé de rendre sa ré-ponse avant que den sortir.

Louis XIV , informé du succès de ce discours,voulut l'entendre. Lauteur eut l'honneur de luien faire la lecture, après laquelle le roi lui dit :Jesuis très content 48 : je vous louerais davantage,si vous maviez moins loué. Ce mot fut bientôtrépandu partout et attira à mon père une lettreque je vais rapporter, pareeque , ayant été écritepar un homme qui étoit alors dans la disgrâce , etqui écrivoit à un aiui dans toute la sincérité deson cœur et la conliance du secret, clic fait voirde quelle manière pensoicut de Louis XIV ceuxmême qui croyoienl avoir quelque sujet de 6 euplaindre.

Jai à vous remercier , monsieur, du discoursqui ma été envoyé de -votre pari. Bien nest assu-rément si éloquent, et le héros que vous y louezest dautant plus digne de vos louanges, quil y atrouvé de lexcès. Il est bien difficile quil ny enait toujours un peu ; les plus grauds hommes sont

hommes, et se sentent toujours par quelque en-droit de linlirmhé humaine. Je vous djrois biendes choses sur cela , si javois le plaisir de vousvoir; mais il faudroit avoir dissipé un nuage,que jose dire être une tache dans cc soleil. Cene seroit pas une chose difficile, si ceux qui lepourroient faire avoient assez de générosité pourlentreprendre. Je vous assure que les penséesque jai sur cela ne sont point intéressées, et quece qui peut me regarder me touche fort peu. Sijai quelque peine, cest d'être privé de La conso-lation de voir mes amis. Un lête-à-têle avec vouset avec votre compagnon me feroil bien du plai-sir ; mais je nacliëterois pas ce plaisir par lamoindre lâcheté. Vous savez ce que cela veutdire : ainsi je demeure en paix, et jattends avecpatience que Dieu fasse connoître à cc prince siaccompli quil na point dans son royaume desujet plus fidèle , plus passionné pour sa véritablegloire , et, si je lose dire , qui laime dun amourplus pur et plus dégagé de tout intérêt. Je pour-vois ajouter que je suis naturellement si sincère ,que, si je ne sentois dans mou cœur la vérité dece que je dis, rien au monde ne seroit capablede me le faire dire. Cest pourquoi aussi je nepourrois me résoudre à faire un pas pour avoirla liberté de revoir mes amis, à moins que ce nefût à mon prince seul que jen fusse redevable 4 9.Je suis, etc.

Boileau , nouvel académicien , fut long-tetupsassez exact aux assemblées, dans lesquelles il avoitsouvent des contradictions ù essuyer. Il parle ,dans une lettre écrite à mou père, de ses disputesavec M. Charpentier. Dans ces disputes littérairesil ne trouvoil pas ordinairement le grand nombrepour lui , pareequil étoit environné de confrèrespeu disposés à être de son avis. Un jour cepen-dant il fut victorieux, et quand il racontoîl cettevictoire , il ajoutoit en élevant la voix : « Tout lemonde fut de mon avis, ce qui métonna; carjavuis raison, et céloit moi. »

Lorsquil fut question de recevoir à lacadémieM. le marquis de Saint-Aulaire , il s'y opposa vi-vement, et répondit à ceux qui lui représentoientquil falloit avoir des égards pour un homme decelle condition , Je ne lui dispute pas ses ti-tres de noblesse, mais je lui dispute ses litres duParnasse. > Un des académiciens ayant répliquéque M. de Saint-Aulaire avoit aussi ses titres duParnasse, puisquil avoit fait de fort jolis vers:

« Eh bien , monsieur, lui diL Boileau, puisquevous estimez ses vers , faites-moi lhonneur de mé-priser les miens. »

En 1685, RI. le marquis de Seignelay devantdonner, dans la maison de Sceaux, une fête auroi, demanda des vers à mon père . qui . malgréla résolution quil avoit prise de nen plus faire,nen put refuser, dans une pareille occasion, àun ministre auquel il étoit fort attaché, lils deson bienfaiteur. Jai plus dune fois entendu direà 31. Je chancelier, «que Janliqnilé (et qui laconnaît mieux que lui? ) ne nous adroit rien,dans un pareil genre, de si parfait que celte idyllesur la paix. Il admire comment le poète , en fai-saut parler des bergers, a su réunir aux sentiments