SUR LA YIK DE JEAN RACINE.
tendres et aux peintures riantes les grandes etterribles images, dans un style toujours naturel ,et sans sortir du ton de l’idylle. Puisqu’il m’estpermis de rapporter historiquement les sentimentsdes autres, et que je rapporte ceux d’un grandjuge , j’ajouterai que je l’ai entendu, à ce sujet,faire remarquer l’heureuse disposition du mêmeauteur à écrire dans tous les genres différents.Est-il orateur, est-il historien, il excelle. Est-ilpoêle, s’il lait une comédie, il sait y faire lireet le parterre cl ceux qui n’aiment que la lineplaisanterie : dans ses tragédies , il change de stylesuivant les sujets. La versification d 'Andromaqucn’est pas celle de Britannicus ; celle de Phèdren’est pas celle d 'Jthalw. Compuse-t-it des chœurset des cantiques, il a le lyrique le plus sublime.Fuit-il des épigrammes, il les assaisonne du meil-leur sel. Entreprend-il une idylle, il l’invente dansun goût nouveau. Quelques personnes prétendentque Lulli, chargé de la mettre eu musique, trouvadans la force des vers un travail que les vers deQuinault ne lui «voient pas fait connoîlre. II estpourtant certain que Lulli est aussi grand musi-cien dans celte idylle que dans scs opéras, et aparfaitement rendu le poète : j’avouerai seulementqu’à ces deux vers,
Retranchez de nos ans,
Pour ajouter à ses années,
la chute, à cause de la prononciation de la der-nière syllabe , ne satisfait pas l’oreille, et que cen’est pas la faute du musicien , mais celle dupoète, qui u’avoit pas pour le musicien cettemême attention qu’avoit Quinault.
Lorsque M. le comte de Toulouse fut sorti del’enfance , madame de Moutespan consulta inonpère sur le choix de celui à qui on coufieroil l'é-ducation du jeune prince. Elle demandoit unhomme d’un mérite distingué cl d’un nom connu.Mon père voulant en cette occasion obliger M. duTroussct, qu’il «stiuioit beaucoup , dit à madamede Montespan : « Je vous propose sans crainte unhomme dont le nom n’est pas connu-, mais il mé-rite de l’élre : ses ouvrages, qu’il n’a point donnésau public sous son nom, en ont été bien reçus. »Ces ouvrages étaient la critique de la princesse deClèves, la vie du duc de Guise, et quelques petitespièces de vers fort ingénieuses. >1. du Trousset ,connu depuis sous le nom de Valincour, fut agréé.On lui eonlia l’éducation du priuce. U fut dans lasuite secrétaire général de la marine, et, par l’es-time qu’il acquit à la cour, justifia le choix demadame de Moutespan, et les témoignages decelui qui le lui avoil fait r.onnoître.
Je n’ai jamais pu lire, sans une surprise extrême,ce qn il dit dans sa lettre à M. l’abbé d’Olivel, enparlant de l’b istoire du roi 5 « Despréaux cl Ra-
cine , après avoir long-temps essayé ce'travail,sentirent qu’il étoil lout-à-fai t opposé à leur géuin.»M. de Valincour, associe pour ce travail à Boileauaprès la mort de mon père, et chargé seul de lacontinuation de celle histoire après Ja mort deBoileau , suivant toute apparence , u’a jamais riencomposé sur celte matière. Ilponvoil avoir, aussi
bien que scs prédécesseurs, le style historique ;mais pourquoi a-t-il voulu faire entendre que,regardant ce travail comme opposé à leur génie ,ils ne s’en occupaient pas; lui qui a su mieuxqu’un autre combien ils s’en éloient occupés, etqui a été dépositaire après leur mort de ce qu'ilseu avoient écrit ? Le fatal incendie qui, en 1736,consuma la maison qu’il «voit à Saint-Cloud, futsi prompt, qu’on ne put sauver les papiers les plusimportants de l’amirauté, et que les morceaux del'histoire du roi périrent avec plusieurs autres pa-piers précieux à la littérature. I.e recueil des let-tres de Boileau et de mon père fera connaître l’ap-plication continuelle qu’ils donnoient à l’histuiredont ils éloient chargés. Quand ils avoient écritquelque morceau intéressant, ils alloient le lireau roi &
Ces lectures se faisoient chez madame de Mon-tespan. Tous deux avoient leur entrée chez elle ,aux heures que le roi y venoit jouer, et madamede Maiutenon éloit ordinairement présente à lalecture. Elle avoit, au rapport de Boileau, plusde goût pour mon père que pour lui, et madamede Montespan avoit au contraire plus de goût pourBoileau que pour mon père; mais ils faisoienttoujours ensemble leur cour, sans aucune jalousieentre eux. Lorsque le roi arrivoit chez madame deMontespan , ils lui îisoient quelque chose de sonhistoire, ensuite le jeu commencoit; et lorsqu’iléchappoit à madame de Montespan', pendant lejeu, dns paroles un peu aigres, ils remarquèrent,quoique fort peu clairvoyants , que le roi , sanslui répondre, regardoil en souriant madame deMaintenon , qui étoit assise vis-à-vis lui sur untabouret , et qui enfin disparut toul-à-coup de eesassemblées. Ils la rencontrèrent dans la galerie ,et lui demandèrent pourquoi elle ne venoit plusécouter leur lecture. Elle leur répondit fort froide-ment : < Je ne suis plus admise à ces mystères. •Comme ils lui trouvoient beaucoup d'esprit, ilsen furent mortifiés et étonnés. Leur étonnementfuL bien plus grand, lorsque le roi, obligé degarder le lit, les fit appeler, avec ordre d’apporterce qu’ils avoient écrit de nouveau sur son histoire,et qu’ils virent en entrant madame de Maintenon,assise dans un fauteuil près du chevet du roi, s'en-tretenant familièrement avec sa majesté. Ils al-loient commencer leur lecture, lorsque madamede Montespan , qui n’étoit point aüeudue , entra ,et, après quelques compliments au roi, en lit desi longs à madame de Maintenon, que, pour lesinterrompre, le roi lui dit de s’asseoir, • n’élanlpas juste , ajouta-t-il, qu’on lise sans vous un ou-vrage que vous avez vous-même commandé. Soupremier mouvement fut de prendre une bougiepour éclairer le lecteur : elle ût ensuite réflexionqu’il étoit plus convenable de s’asseoir et de fairetous ses efforts pour paroltre attentive à la lecture.Depuis ce jour le crédit de madame de Maintenonalla en augmentant d’une manière si visible , queles deux historiens lui firent leur cour, autantqu’ils la .«avoient faire.
Mon père , dont elle goûtoit la conversation,étoit beaucoup mieux reçu que son ami , qu'ilmenoit toujours avec lui. Ils s’enfrelenoient un