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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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MEMOIRES

jour avec elle do la poésie, el Boileau, déclamantcontre le goût de la poésie Burlesque qui a voit ré-gné autrefois, dit dan? sa colère : «Heureusementce misérable goût est passé , et on ne lit plus Scat-ron , même dans les provinces. « Son ami cherchapromptement un autre sujet de conversation , etlui dit, quand il fut seul avec lui: «Pourquoiparlez-vous devant die dcScarron? Ignorez-vousl'intérêt qu'elle y prend? llélas! non, reprit-il;mais cest toujours la première chose que jouhliequand je la vois.»

Malgré la remontrance do son ami, il eut encorela même distraction au lever du roi. On y parloitde la mort du comédien Poisson. « Cest une perte,dit le roi , il étoit bon comédien.... Oui, repritBoileau, pour faire un don Japliet : il ne brilloitque dans ces misérables pièces de Searron. > Monpère lui lit signe de se taire , et lui dit en parti-culier : < Je ne puis donc paroître avec vous à lacour , si vous êtes toujours si imprudent. Jen suishonteux, lui répondit Boileau ; mais quel estlhomme à qui il néchappe une sottise ? »

Incapable de truLir jamais sa pensée , il navoilpas toujours assez de présence desprit pour tataire : il avouoit que la franchise étoit une vertusouvent dangereuse: mais il se consoloit de scsimprudences, par la conformité de caractère qu'ilprétendait avoir avec M. Arnauld, dont , pour sejustifier, il racontoit le fait suivant, qui peuttrouver une place dans un ouvrage je rassembleplusieurs traits de simplicité dhommes connus.M. Arnauld, obligé de se cacher, trouva une re-traite à lI.Ôltl de Longueville , à condition quilny paroîtroit quavec un habit séculier, «megrande perruque sur la tête et lépée au côté. Ily fut attaqué de la lièvre, et madame de Longue-ville, ayant fuit venir le médecin Brayer, lui re-commanda davoir grand soin d'un gentilhommequ'elle protégeoit particulièrement, et à qui elleavoii donné depuis peu une chambre dans sonhôtel. Brayer monte chez le malade, qui, aprèslavoir entretenu de sa lièvre, lui demande desnouvelles. «"On parle, lui dit Brayer, dun livrenouveau de Port-Royal, quon attribue à M. Ar-nauld ou à M. de Sacy ; mais je ne le crois pas deM. de Sacy, il nécrit pas si bien. » A ce mot ,M- Arnauld, oubliant son habit gris et sa perru-que , lui répond vivement : * Que voulez-vousdire ? mon neveu écrit mieux que moi. » Brayerenvisage son malade, se met à rire, descend chezmadame de Longueville , et lui dit : « La maladiede votre gentilhomme nest pas considérable; jevous conseille cependant de faire en sorte quilne voie personne. Il ne faut pas le laisser parler. »Madame de Longueville , étonnée des réponsesindiscrètes qui écbappoient souvent à M. Arnauldet à M. Nicole, disoit quelle aimeroil mieux con-fier son secret à un libertin.

Boileau ne savoit ni dissimuler ni flatter.Il eut ce-pendant par hasard quelques saillies assez heureu-ses. Lorsque le roi lui demanda son âge, il répondit :Je suis venu an monde un an avant votre majesté,pour annoncer les merveilles de son règne. *

Dans le temps que laffectation de substituer lemot de gros à celui de gravé régnoil à Paris

comme en quelques provinces , lon dit un groschagrin pour un grand chagrin, le roi lui demandace quil pensoit de cet usage : « Je lo condamne,répomlil-il, parceqnil y a bien de la différenceentre Louis-le-Gros el Louis-le-Grand. >

Malgré quelques réponses de cctlc nature, ilnavoit pas la réputation d'être courtisan . et monpère passoit pour plus habile que lui dans cettescience, quoiquil ny fut pas non plus regardécomme bien expert par les fins courtisans et parh; roi même , qui dit en le voyant un jour à lapromenade avec M. de Cavoie : * "Voilà deuxhommes que je vois souvent ensemble ; jen devinela raison : Cavoie avec Racine se croit bel-esprit ;Racine avec Cavoie se croit courtisan. » Si lonentend par courtisan un homme qui ne cherchequà mériter lestime do son maître, illéloit ; silon entend \iu homme qui , pour arriver à sesvues, est savant dans lart de la dissimulation etde la flatterie , il ne l'étoit point, et le roi nenavoit pas pour lui moins destime.

Il lui en donna des preuves on lattirant souventà sa cour , il voulut bien lui accorder un apparlement dans le château, et même les outrées. Ilaiinoit à l'entendre lire, et lui tronvoit un talentsingulier pour faire sentir la beauté de* ouvragesquil lisoit. Dans une indisposition quil eut , il luidemanda de lui chercher quelque livre propre àlamuser : mon père proposa une des vies de Plu-tarque. C'eut du gaulois , répondit lo roi. Mon pèrerépliqua quil tàcheroit en lisant de changer lestours de phrases trop anciens, et de substituer lesmots en usage aux mots vieillis depuis Amyot. Leroi consentit à celle Icclure , et celui qui eutl'honneur de la faire devant lui sut si bien changeren lisant tout ce qui pouvoit, à cause du vieuxlangage, choquer loreille de son auditeur, quele roi écoula avec plaisir et parut goûter toutesles beautés de Plularquc : mais lhouneur que re-ceroit ce lecteur sans litre fit murmurer contrelui les lecteurs en chaige.

Quelque agrément quil pût trouver à la cour ,il y mena toujours une vie retirée , partageant sontemps entre peu damis et ses litres: Sa plus grandesatisfaction étoit de revenir passer quelques joursdans sa famille; el lorsquil se retrouvoit à sa tableavec sa femme et ses enfants , il disoit quil laisoitmeilleure chère quaux tables des grands.

Il revenoit un jour de Versailles pour goûter ceplaisir, lorsquun écuyer de M. le due vint luidire quon latlendoit à dîner à lhotel de Coudé.

* Je naurai point lhonneur dv aller, lui répon-dit-il : il y a plus de huit jours que je nai vu mafemme et mes enfants, qui se font une fête demanger aujourdhui avec moi une très belle carpe;je ne puis me dispenser de dîner avec eux. » Lé-cuyer lui représenta quune compagnie nom-breuse , invitée au repas de M. le duc, se faisoitaussi une fête de lavoir, el que le prince seroitmortifié sil ne venoit pas. Une personne de lacour qui ma raconté la chose ma assuré que tnonpère fit apporter la carpe , qui étoit d environ unécu , et que ia montrant à lécuyer, i) lui dit;

Jugez vous-même si je puis me dispeuser dedîner avec ces pauvres enfants qui ont voulu me