SUR LA VIE DE
ii'ave* qu’à frapper du pied, monseigneur, etJes poissons sortiront de terre. » Cette allusion aumot de Pompée fit plaisir à la compagnie , et saconstance à ne point vouloir loucher au gras luifil honneur.
]i se fèiiciloil avec raison de la pureté de sesouvrages. « C’est une grande consolation, disoil-il, pour un poêle qui va mourir, de n’avoirjamais oITensé les mœurs:» à quoi on pourroilajouter, « Et de n’avoir jamais olVensé personne.»
M. Le Noir, chanoine de Notre-Dame, sonconfesseur ordinaire, l’assista à la mort, à la-quelle il se prépara en très sincère chrétien : ilconserva en même temps, jusqu'au dernier mo-ment, le caractère de poète. M. Le Verrier crutl’amuser par la lecture d’une tragédie qui , danssa nouveauté, faisoit beaucoup de bruit. Aprèsla lecture du premier acte, il dit à M. Le Ver-rier : « Eh , mon ami, ne mourrai-je pas assezpromptement ? lies Bradons , dont nous noussommes moqués dans notre jeunesse , étoient dessoleils auprès de ceux-ci. » Comme la tragédiequi l’irritoit se soutient encore aujourd’hui avechonneur, on doit attribuer sa mauvaise humeurcontre elle à l’état où il se trouvoit : il mourutdeux jours après.
Lorsqu’on lui demandoit ce qu’il pensoit deson état, il répondoit par ce vers de Malherbe ,
Je suis vaincu du Temps,, je cède à ses outrages.
D. O
Hic jar.nt nobiiis vlr Joannes Racine, Franciœthe-sauris prœfectus, régi a secretis atque a cubiculo,neenon unus e quadraginta gatlicanœ académies viris;
Qui postquam profana trageediarum argumenta diucu.ni ingenti hominutn admirations Iractassei , musastandem suas uni D eo consecravit , omnemque ingeniivim in eo laudando coritutit , qui solus laude dignus.
Cunt eum oiîtc negotiorumque rationes multis nomi-nibus aulœ tenerentuddicium , tamen fn frequenti ho-minum ronsorcio omnia pietatîs ac religionis officiacotuit.A christianissimore.ge Ludoviro Magna seteciusuna cunt faatiliari ipsitts arnica fuerut, quires eo ré-gnante prœclare ac mirabiliter gestas perscribcret.
Uuic inleniug operi, repente in grand» œque et diu-turnum morbum itnpliciius est, tandemque aô haosede miseriarum in meliu s domiciliant iranstatusanno cetaiis suœ I.ÎX. Qui mortem tongiori adhac in-tervalle remotam vaide horruerat, ejttsdem pressentisaspeefutn plocida froute sustinuît; obiiique spe multomagis , cl pia in Dcttm fiducia erectus , qtittm fraclusmeta. Ea jaclura omîtes itlius amicos, eqttibus non-nulli int^r regrti primores eminebnitt, acerbissimodolore perculit. Mannvit etiarn ad ipsum regem tantiviri desiderium. Fecit modestia ejus singularis, etprcecipua tn liane Portus-Regii domum bcnevolentia ,ut tn islo cccmeterto pie magis quam magnifies se-petiri vettet, adeoque tostamento cavii, ut corpus
JEAN RACINE. 45
L'n moment avant sa mort, il vit entrer M. Cou-tard, et lui dit en lui serrant la main , * Bonjouret adieu : l’adieu sera bien long. » Il mourutd’une hydropisie de poitrine, le i3 mars 1711,et laissa par son testament presque tout son bienaux pauvres.
La compagnie qui suivit son convoi, et danslaquelle jetois , fut fort nombreuse , ce quiétonna une femme du peuple , à qui j’entendisdire : « II avoit bien des amis -, on assure cepen-dant qu’il disoit du mal de tout le monde. »
Il fut enterré dans la chapelle basse de laSainte Chapelle 8 immédiatement au-dessous (lela place qui, dans la chapelle hau le , est devenuefameuse par le Lutrin qu’il a chanté.
Cette même année nous obtînmes , après ladestruction de Port-Royal, la permission de faireexhumer le corps de mon père , qui fut apporté àParis, le 2 décembre 1711, dans l'église de Saint-Etienne-diiMont, notre paroisse alors, et placéderrière le maître-autel, en face de la chapellede la Vierge , auprès de la tombe de M. Pascal.L’épitaphe latine que Boileau avoit faite et quiavoit été placée dans le cimetière de Port-Royal,ne subsistant plus, je la vais rapporter avec latraduction françoise faite par le même Boileau.La traduction que ses commentateurs ont misedans ses œuvres n’est point la véritable , cequ’on reconnoîira aisément par la différence dustyle.
. M.
Ici repose le corps de messire Jean Racine, tré-sorier de France , secrétaire du roi, gentilhommeordinaire de sa chambre , et l’un des quarante del’académie françoise;
Qui, après avoir long-temps charmé la Franco.par ses excellentes poésies profanes , consacra scsmuses à Dieu , et les employa uniquement à Jouerle seul objet digne de louange, l.es raisons indis-pensables qui l’atlachoient à la cour l'empêchèrentde quitter le monde ; mais elles ne l’empêchèrentpas de s’acquitter, au milieu du monde , de tonsles devoirs de la piété et de la religion. Il fut choisiavec un de scs amis par le roi Louis-le-Grand pourrassembler en un corps d'histoire les merveilles deson règne, et il éloit occupé à ce grand ouvrage ,lorsque tout-à-coup il fut attaqué d’une longue etcruelle maladie, qui à la lin l’enleva de ce séjourde misères , en sa cinquante-neuvième année.Bien qu’il eût extrêmement redouté la mort lors-qu’elle étoit encore loin de lui, il la vit de prèssans s’étonner, et mouiut, beaucoup plus remplid’espérance que de crainte, dans une cmiérc rési-gnation « la volonté de Dieu. Sa perte toucha sen-siblement ses amis , entre lesquels il pouvoitcompter les premières personnes du royaume , etil fut regretté du roi même. Son humilité , etl'affection particulière qu’il eut toujours pour cettemaison de l*ort-Royal* des - Champs, lui firent