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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES D’ALEXANDRE LE GRAND.

peuvent être jonchées de morts. Ce dernier fermecouvre l'impropriété du premier. Racine offred'ailleurs dans ses meilleures pièces plusieursexemples très heureux de celte licence. LorsqueAchille dit :

Si de sang et de. morts le ciel est affamé

personne ne s’avise de remarquer qu’on ne peutpas être affamé de sang. Geoffroy. C’est aussi unprincipe reçu en fait de diction , qu’en plaçant lepins près du verbe le régime qui lui convient lemieux, nn peut faire passera sa suite un autrerégime , à la faveur de l’analogie, non pas tantavec le verbe , qu’avec le régime le plus prochain.G’eSt donc le rapport du sang avec les morts, et lerapport des maris avec U$'campagnes jonchées;c’est la réunion de ces deux rapports et l’ordre desdeux régimes qui fait que la phrase n’a rien derépréhensible, cl qui légitime cette licence destyle. La Harpe.

s 2 Un éclat éblouît, et ne touche jamais, niau propre ni au figuré. L. de Boisjkrsi a in .

33 Dans cette phrase, Zfportoit, etc., le sens o.tla grammaire veulent que il se rapporte au mot.Inde, placé deux vers plus haut. Or, il faudraitelle; car Inde est du féminin. Celle irrégularitén’a été remarquée par aucun commentateur. A.M.

34 Cette idée d’Ilumére est rendue avec plusde force et d'éloquence dans l’fphigénic en Aulidc,lorsque Achille dit à Agamemnon :

Jamais vaisseaux, partis des rives du Scainamlrc,etc.

Iphig ., act. IV, sc. vi. Geoffroy.

3 5 C’est ainsi que les Scythes disenlà Alexandre:« Quid nobis Icciun est? Nunquam terrain tuamattigimus. Quis sis", unde venias , licelne ignorarein vaslis sylvis degentibu* ? -Nec servira ulli possu-mus, nec imperuve desideramus. « —«Qu’y a-t-ilde commun entre nous et toi ? Avons-nous jamaismis le pied sur tes terres ? Et dans ces vastes fo-rêts n’est-il pas permis d’ignorer qui tu es, eld’oùIn viens? Nous ne pouvons servir, cl ne voulonspoint commandcr.xQ.Cr a., lib.VII, c. xxiri. A.31.

sc Boileau, dit Louis Racine, vantoit beaucoupce portrait d'Alexandre : « Il est, disoit-il, de lamain d’un poète héroïque, et celui que j’ai faitest de la main d’un poète satirique. » Sans doute,en louant ce morceau , Despréaux en exceptoit :

'Embrase tout sitôt qu’elle commence à luire.

Une valeur qui luil est une mauvaise expression :quoiqu’on dise très bien qu'une valeur a brillé , onne saurait dire qu'elle a lui. De plus, une valeurqui embrase dès qu’elle luit est un rapprochementfrivole , une espèce de jeu de mois , peu digne dustyle tragique. La Haute.

3? Nous avons déjà observé cette fautegrammati ■cale . dans laquelle l’exemple et l’habitude ont en-traîné Racine avant qu’il eût entièrement forméson style. La tirade de Porus est magnifique,. Cevers ,

Dans son avide orgueil je sais qu’il nous dévore,

est un des plus brillants et des plus liavdis queRacine ail jamais composés.

Il ne reste que moi

Où l’on découvte encor les vestiges d'un roi.

Corneille n’a pas de trait plus sublime, et tontecelte tragédie n'est qu’une lutte continuelle du ta-lent de Racine contre le génie de Corneille. G-

38 Ces deux vers sont une imitation de ceuxque Corneille fait prononcer à Auguste , dans lagrande scène de China.

3 9 Ce vers fait allusion à la prise du rocherd’Aorne , où les troupes d’Alexandre furent arrê-tées par les assiégés, qui ne sc rendirent qu’aprèsune vigoureuse résistance. Yoy. Q. Cvn., lib. VIII,cap. xxxvi, xxxv ri et xxxvru.

40 L’abbé d’Olivel a observé que les deux par-ticipes arrachant et ébranlant ne se rapportent pasau même substantif: niais les vers s'enchaînentsi bien, leur marche esi si rapide, qu’il n’y aqu’un grammairien qui puisse apercevoir la faute.Ce vers,

Attaquer, conquérir, et donner les couronnes,

se lîsoil ainsi dans les premières éditions :

Attaquer, conqtJcrir, et rendre les couronnes. G.

La critique de d’Olivcl nVst pas seulement mi-nutieuse; elle est fausse, puisque le premier par-ticipe est précédé de son régime, et le secondsuivi du sien , ce qui exclul toute possibilité d’am-phibologie. Ajgnan.

4 1 On ne peut pas dire faire voler les éclats dela furtur. On ne dit pas non plus conduire ses pas,quand le mot scs se rapporte au sujcL du verbe- Ufaut alors , porter ses pas, diriger ses pas. Quelquesvers plu» bas, les commentateurs ont blâmé lasûreté d’une tranquillité , qui ne peut se dire ni envers ni en prose. A Martin.

42 Ce vers, dans les premières éditions, éloitsuivi d’un grand nombre d’autres qui sont des té-moignages précieux des progrès du goût vie Ra-cine.

Ah , madame ! s’il m’aime , il le témoigne mal.Ses lâches soins ne font qu’avancer son rival.

Il devoit, dans un camp, plein d’une noble envie.Lui disputer mon cœur et le soin de ma vie .Balancer mon estime , cl, comme lui, courirRien moins pour me sauver que pour me conquérir.cr.noFir.F.

D’un refus si honteux il craint peu les reproches :Il n’a point du combat évité les approches ;

11 en eût partagé la gloire et le danger :

Mais Borus avec lui ne veut rien partager;

H amoil cru trahir son illustre colèreQue d’attendre un moment le secours de mon frère,AXIANE.

T7n si lent défenseur, quel que soit son amour.

Se seroit fait, madame, attendre plus d’un jour.Non , non , vous jouissez d’une pleine assurance :Votre amant, votre frère , éloient d’intelligence.Le lâche , qui dans l’âme étoil déjà rendu ,

Ne cherchoit qu'à nous vendre après s’être vendu.Et vous m’osez encor parler de votre frère !

Ah! de ce camp, madame, ouvrez-moi la barrière !