Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

ACTE III, SCENE VI—VIL

117

Ne m'nvois-lu pas dit qu’elle éloit en ces lieux ?pulknix.

Je le croyois.

ANDitow tycE , à Céphise.

Tu rois le pouvoir de mes yeux !

PIKP.UUS,

Que dit-elle, Phœnix?

AXllBOîtAQIIE.

Hélas f tout m’abandonne !

PHŒNIX.

.Allons, seigneur, marchons sur les pas d’IIerm: one.

Qu'attendez-vous ? rompez ce silence obstiné.

AMIROSIAQUE.

11 a promis mon fils.

cÉrnisü.

Il ne l'a pas donné.

ANDR01TAQT7E.

Non , non , j’ai beau pleurer, sa mort est résolue.

PYRRHUS.

Daigne-t-elle sur nous tourner au moins la vue?Quel orgueil !

ANUROMAQVE.

Je ne fais gue l’irriter encor.

Sortons.

PïRnnts.

Allons aux Grecs livrer le fils d’Hector.AWDïiOMAqrK, sk jetant aux pieds de Pyrrhus.

Ab, seigneur ! arrêtez! Que prétendez-vous faire ?Si vous livrez le fils , livrez leur donc la mère 5Vos serments m’ont tantôt juré tant d’amitié !Dieux! iiepourrois-je au moins toucher votre pitié?San» espoir de pardon m’avez-vous condamnée 6 °?

PYRRHUS.

Phœnix vous le dira , ma parole est donnée.

ANDROMAQUE.

Vous qui braviez pour moi tant de périls divers !PYKBIirS.

J’étois aveugle alors; mes yeux se sont ouverts.

Sa grâce à vos désirs pnuvoit être accordée ;

Mais vous ne l’avez pas seulement demandée:C’en est fait.

AXHItOMAQUE.

Ab ! seigneur , vous entendiez assezDes soupirs qui craignoient de se voir repoussés.Pardonnez à l’éclat d’une illustre fortuneCe reste de fierté qui craint d’être importune s 1 .Vous ne l’ignorez pas : Àndromaque , sans vous ,N’auroit jamais d’un maître embrassé les genoux.

PYRRIIXS.

Non , vous me haïssez; et dans le fond de l’âmeVous craignez de devoir quelque chose à ma flamme.Ce fils même , ce l\l» , l’objet de tant de soins,

Si je l’avois sauvé, vous i’en aimeriez, moins.

La haine , le mépris , contre moi tout s’assemble :Vous me haïssez plus que tons les Grecsensciiible.Jouissez à loisir d’un si noble courroux.

Allons, Phoenix.

ANOROUAQHC.

Allons rejoindre mou époux.

CEPHISE.

Madame...

ANDR0M4QCE, à Ccpllîse.

Et que veux-tu que je lui dise encore ?Auteur de tous mes maux, crois-tu qu’il les ignore?

{à PyrrAws. j

Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez.

J’ai vu mon père mort, et nos murs embrasés ;J’ai vu trancher les jours de ma famille entière,

Et mon époux sanglant traîné sur lapoussière,Son fil» seul avec moi, réservé pour les fers.

Mais que 11 e peut un lils! Je respire , je sers.

J’ai fait plus; je me suis quelquefois consoléeQu’ici, plutôt qu’niileurs, le sort m’eût exilée ;Qu’heureux dans son malheur, le fils de tant de rois,Puisqu’il devoit servir, fût tombé sous vos lois:J’ai cru que »a prison deviendroit son asile.

Jadis Priam soumis fut respecté d’Achille :J’altrndoi» de son fils encor plus de bonté.Pardonne , cher Hector, a nia crédulité!

Je n’ai pu soupçonner ton ennemi d’un crime -,Malgré lui-même enfin je l’ai cru magnanime.

Ah ! s’il l’étoit assez pour nous laisser du moinsAu tombeau qu’à ta cendre ont élevé mes soins,Et que , finissant là sa haine cl nos misères,

11 ne séparât point des dépouilles si chères !

pyp.Riios.

Va ru’atteudre, Phœnix.

SCÈNE VIL

PYRRHUS, ANDROMAQUE, CÉPHÏSE.

PTRIiUr».

Madame, demeurez.

On peut vous rendre encor ce fils que vouspleurez...

Oui, je sens à regret qu’en excitant vos formesJe ne fais contre moi que vous donner des armes :Je croyais apporter plus de haine en ces lieux.Mais, madame, du moins t;urnez vers moi lesyeux :

Voyez si mes regards sont d’un juge sévère,

S’ils sont d’un ennemi qui cherche à vous déplaire.Pourquoi me forcez-vous vous-même à vous trahir?Au nom de votre fils, cessons de nous haïr.

A le sauver enfin c’est moi qui vous convie.Faut-il que mes soupirs vous demandent sa vie?Faut-il qu’en sa faveur j’embrasse vos genoux?Pour la dernière fois , sauvcz-lc , sauvez-vous.

Je sais de quels serments je romps pour vous leschaînes ;

Combien je vais sur moi faire éclater de haines.Je renvoie Ilermione , et je mets sur son front,Au lieu de ma couronne, un éternel affront :

Je vous conduis au temple où son hymen s’apprête ;Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.Mais ce 11 ’est plus, madame, une offre à dédaigner ;Je vous le dis : il faut ou périr, ou régner.

Mon cœur , désespéré d’un au d’ingratitude ,

Ne peut plus de son sort souffrir l'incertitude.C'est craindre, menacer et gémir trop long-temps.Je meurs si je vous perds; mais je meurs si j’attends.Songez-y : je vous laisse; el je viendrai vonsprendrePour vous mener au temple où ce|ils doit m’at-tendre ;

Et là vous me verrez, soumis ou furieux,

Vous couronucr, madame, ou le perdre à vos yeux.