ACTE III, SCENE VI—VIL
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Ne m'nvois-lu pas dit qu’elle éloit en ces lieux ?pulknix.
Je le croyois.
ANDitow tycE , à Céphise.
Tu rois le pouvoir de mes yeux !
PIKP.UUS,
Que dit-elle, Phœnix?
AXllBOîtAQIIE.
Hélas f tout m’abandonne !
PHŒNIX.
.Allons, seigneur, marchons sur les pas d’IIerm: one.
Qu'attendez-vous ? rompez ce silence obstiné.
AMIROSIAQUE.
11 a promis mon fils.
cÉrnisü.
Il ne l'a pas donné.
ANDR01TAQT7E.
Non , non , j’ai beau pleurer, sa mort est résolue.
PYRRHUS.
Daigne-t-elle sur nous tourner au moins la vue?Quel orgueil !
ANUROMAQVE.
Je ne fais gue l’irriter encor.
Sortons.
PïRnnts.
Allons aux Grecs livrer le fils d’Hector.AWDïiOMAqrK, sk jetant aux pieds de Pyrrhus.
Ab, seigneur ! arrêtez! Que prétendez-vous faire ?Si vous livrez le fils , livrez leur donc la mère 5Vos serments m’ont tantôt juré tant d’amitié !Dieux! iiepourrois-je au moins toucher votre pitié?San» espoir de pardon m’avez-vous condamnée 6 °?
PYRRHUS.
Phœnix vous le dira , ma parole est donnée.
ANDROMAQUE.
Vous qui braviez pour moi tant de périls divers !PYKBIirS.
J’étois aveugle alors; mes yeux se sont ouverts.
Sa grâce à vos désirs pnuvoit être accordée ;
Mais vous ne l’avez pas seulement demandée:C’en est fait.
AXHItOMAQUE.
Ab ! seigneur , vous entendiez assezDes soupirs qui craignoient de se voir repoussés.Pardonnez à l’éclat d’une illustre fortuneCe reste de fierté qui craint d’être importune s 1 .Vous ne l’ignorez pas : Àndromaque , sans vous ,N’auroit jamais d’un maître embrassé les genoux.
PYRRIIXS.
Non , vous me haïssez; et dans le fond de l’âmeVous craignez de devoir quelque chose à ma flamme.Ce fils même , ce l\l» , l’objet de tant de soins,
Si je l’avois sauvé, vous i’en aimeriez, moins.
La haine , le mépris , contre moi tout s’assemble :Vous me haïssez plus que tons les Grecsensciiible.Jouissez à loisir d’un si noble courroux.
Allons, Phoenix.
ANOROUAQHC.
Allons rejoindre mou époux.
CEPHISE.
Madame...
ANDR0M4QCE, à Ccpllîse.
Et que veux-tu que je lui dise encore ?Auteur de tous mes maux, crois-tu qu’il les ignore?
{à PyrrAws. j
Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez.
J’ai vu mon père mort, et nos murs embrasés ;J’ai vu trancher les jours de ma famille entière,
Et mon époux sanglant traîné sur lapoussière,Son fil» seul avec moi, réservé pour les fers.
Mais que 11 e peut un lils! Je respire , je sers.
J’ai fait plus; je me suis quelquefois consoléeQu’ici, plutôt qu’niileurs, le sort m’eût exilée ;Qu’heureux dans son malheur, le fils de tant de rois,Puisqu’il devoit servir, fût tombé sous vos lois:J’ai cru que »a prison deviendroit son asile.
Jadis Priam soumis fut respecté d’Achille :J’altrndoi» de son fils encor plus de bonté.Pardonne , cher Hector, a nia crédulité!
Je n’ai pu soupçonner ton ennemi d’un crime -,Malgré lui-même enfin je l’ai cru magnanime.
Ah ! s’il l’étoit assez pour nous laisser du moinsAu tombeau qu’à ta cendre ont élevé mes soins,Et que , finissant là sa haine cl nos misères,
11 ne séparât point des dépouilles si chères !
pyp.Riios.
Va ru’atteudre, Phœnix.
SCÈNE VIL
PYRRHUS, ANDROMAQUE, CÉPHÏSE.
PTRIiUr».
Madame, demeurez.
On peut vous rendre encor ce fils que vouspleurez...
Oui, je sens à regret qu’en excitant vos formesJe ne fais contre moi que vous donner des armes :Je croyais apporter plus de haine en ces lieux.Mais, madame, du moins t;urnez vers moi lesyeux :
Voyez si mes regards sont d’un juge sévère,
S’ils sont d’un ennemi qui cherche à vous déplaire.Pourquoi me forcez-vous vous-même à vous trahir?Au nom de votre fils, cessons de nous haïr.
A le sauver enfin c’est moi qui vous convie.Faut-il que mes soupirs vous demandent sa vie?Faut-il qu’en sa faveur j’embrasse vos genoux?Pour la dernière fois , sauvcz-lc , sauvez-vous.
Je sais de quels serments je romps pour vous leschaînes ;
Combien je vais sur moi faire éclater de haines.Je renvoie Ilermione , et je mets sur son front,Au lieu de ma couronne, un éternel affront :
Je vous conduis au temple où son hymen s’apprête ;Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.Mais ce 11 ’est plus, madame, une offre à dédaigner ;Je vous le dis : il faut ou périr, ou régner.
Mon cœur , désespéré d’un au d’ingratitude ,
Ne peut plus de son sort souffrir l'incertitude.C'est craindre, menacer et gémir trop long-temps.Je meurs si je vous perds; mais je meurs si j’attends.Songez-y : je vous laisse; el je viendrai vonsprendrePour vous mener au temple où ce|ils doit m’at-tendre ;
Et là vous me verrez, soumis ou furieux,
Vous couronucr, madame, ou le perdre à vos yeux.