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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ANDROMAQUE.

nS

SCÈNE NIII.ANDROMAQUE, céphise.céphise.

Je vou9 j’avois prédît, qu’en dépit de la Grèce,De votre sort encor vous seriez la maîtresse.

ANDROMAQUE.

Hélas, de quel effet tes discours sont suivis!

11 ce me restoit plus qu’à condamner mou fils.c^pnrsE.

Madame, à voire époux c’est être assez fidèle.Trop de vertu pourrait vous rendre criminelle.Lui-même il porteroit voire âme à la douceur.

ANDROMAQI R.

Quoi I je lui donnerais Pyrrhus pour successeur ?CÉPH1SK.

Ainsi le veut sou fils , que le» Grecs vous ravissent.Pensez-vous qu’après tout ses mânes en rougissent ;Qu'il méprisât, madame , un roi victorieuxQui vous fait remonter an rang de vos aïeux ,

Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs encolère.

Qui ne se souvienl plus qu’Àchille étoit son père ,Qui dément ses exploits et les rend superflus?

ANDROMAQL'E.

Dois-je les oublier, s’il ne s’en souvient plus ?Dois-je oublier Hector privé de funérailles ,

Et traîné sans honneur autour do nos murailles 6 3 ?Dois-je oublier mon père à mes pieds renversé ,Ensanglantant l’autel qu’il tenoit embrassé 63 ?Songe , songe , Céphise , à celle nuil cruelleQui fut pour tout un peuple une nuit éternelle;Figure-toi Pyrrhus, Ira yeux étincelunls,

Entrant à la lueur de nos palais brûlants,

Sur tous mes frères morts se faisanL un passage ,

Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage ;Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris desmourants

Dans la flamme étouffés , sous le fer expirants;Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :Voilà comme Pyrrhus vint s’offrir à ma vuejVoilà par quel» exploits il sut se couronner ;Enfin , voilà l’époux que tu me veux donner.

Non , je ne serai poiut complice de ses crimes ;Qu’il nous prenne, s’il veut, pour dernièresvictimes.

Tous mes ressentiments lui seraient asservis 1

CÉPHISE.

Hé bien ! allons donc voir expirer votre fils :

On n’attend plus que vous... Vous frémissez,madame !

ANDROMAQUE.

Ah! de quel souvenir viens-tu frapper mon âme!Quoi! Céphise, j'irai voir expirer encorCe fils, ma seule joie , et l'image d’Hector,

Ce fils , que de sa flamme il me laissa pour gage !Hélas! je m’en souviens , le jour que son courageLui fit chercher Achille , ou plutôt Je trépas,

II demanda son fils , et le prit dans scs bras :

• Chère épouse , dit-il en essuyant mes larmes ,

» J’ignore quel succès le sort garde à mes armes ;

« Je te laisse mon fils pour gage de ma foi :

« S’il me perd, je prétends qu’il me retrouve eu loi.

« Si d’un heureux hymen la mémoire t’est chère,

« Montre au fils à quel point lu cbérissoisle père, nEt je puis voir répandre un sang si précieux?

Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux ?

Loi barbare , faut-il que mon ciime l’entraîne ?

Si je te bais, est-il coupable de ma haine ?T’a-l-il de tous les siens reproché le trépas ?S’cst'il plaint à les yeux des maux qu’il ne sent pas?Mais cependant, mon fils, tu meurs si je n’arrêteLe fer que le cruel lient levé sur ta lêle.

Je l’en puis détourner, cl je t'y vais offrir!...

Non , tu ne mourras point, je ne le puis souffrir.Allons trouver Pyrrhus. Mais nou, chère Céphise,Va le trouver pour moi.

CÉPHISE.

Que faut-il que je dise?

ANDROMAQUE.

Dis-lui que de mon fil» l’amour est assez fort... 6 4Crois-tu que dans son cœur il ail juré sa mort 6 5 ?L’amour peul-il si loin pousser sa barbarie ?CÉPHISE.

Madame , il va bientôt revenir en furie.

ANDROMAQUE.

lié Lien! va l’assurer...

CEPHISE.

I)c quoi? de votre loi?ANDROMAQUE.

Ilélas ! pour la promettre est-elle encore à moi ?

O cendres d’un époux! û Troyens! ô mou père !ü mon fils , que te» jours coûtent cher à ta mère !Allons.

CÉPHISE,

Oit donc, madame ? el que résolvez-vous ?

ANDROMAQUE.

Allons sur son tombeau consulter mon époux.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE I.

ANDROMAQUE, CÉPHISE.

CÉTMSB.

Ah! je n’en doute pointic’esl votre époux, madame,C'est Hector qui produit ce miracle en votre âme !Il veut que Troie encor se puisse releverAvec cet heureux fils qu’il vous fait conserver.Pyrrhus vous l’a promis. Vous venez de l’entendre ,Madame : il n’attendoit qu’un mot pour voua lerendre.

Croyez-en ses transports : père , sceptre, alliés,Content de votre cœur, il met tout à vos pieds;Sur lui, sur tout son peuple il vous rend souve-raine 6 5 .

Est-ce là ce vainqueur digne de tant de haine ?Déjà contre les Grecs plein d’un noble courroux,Le soin de votre fils le touche autant que vous :

Il prévient leur fureur; il lui laisse sa garde ;Pour ne pas l’exposer, lui-même il se hasarde.Mais tout s’apprête au temple; et vous avez promis.

ANDROMAQUE.

Oui, je m’y trouverai. Mais allons voir mon fils.