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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE IV, SCENE I —III.

Ir 9

CÉPHTKE.

Madame, qui vous presse? Il suffit que sa vueDésormais à vos yeux ne soit plus défendue.

Vous lui pourrez bien tôt prodiguer vos bontés,

Et vos embrassements ne seront plus comptés.

Quel plaisir d’élcvcr un enfant qu’on voit croître ,Non plus comme un esclave élevé pour son maître 6 7 ,Mais pour voir avec lui renaître tant de roisl

ANDROMÀQÜE.

Céphise, allons le voir pour la dernière fois.

CEPHISE.

Que dites-vous ? Oh dieux!

andromaque.

O ma chère Céphise !

Ce n’est point avec toi que mon cœur se déguise :

Ta foi, dans mou malheur, s’est montrée à mes yeux;Mais j’ai cru qu’à mon tour tu me connoissois mieux.Quoi donc ! as-tu pensé qu’Andromaque inlidèlePût trahir un époux qui croit revivre en elle;

Et que. de tant de morts réveillant la douleur ,

Le soin de mon repos me fît troubler le leur ?Est-ce là eetle ardeur tant promise à sa cendre ?

Mais son (ils périssoit, il l’a fallu défendre.

Pyrrhus en m’épousant s’en déclare l’appui;

Il suffit : je veux bien m’en reposer sur lui.

Je sais quel est Pyrrhus : violent, mai9 sincère ,Cépliise , il fera plus qu’il n’a promis de faire.

Sur le courroux des Grecs je m’en repose encor :Leur haine va donner un père au fils d’IIeclor.

Je vais donc, puisqu’il faut que je me sacrifie,Assurer à Pyrrhus le reste de ma vie ;

Je vais , en recevant sa foi sur les autels ,

L’engager à mon liis par des nœuds immortels.

Mais aussitôt nia main , à moi seule funeste ,

D’une infidèle vie abrégera le reste ;

Et, sauvant ma vertu , rendra ce que je doiA Pyrrhus, à mon fils, à mon époux, à moi.

Voilà de mon amour l’imioceut stratagème;

Voilà ce qu’un epoux m’a commandé lui-même.J’irai seule rejoindre Hector et mes aïeux.

Céphise, c’est à loi de me fermer les yeux.

CÉPHISE.

Ah ! ne prétendez pas que je puisse survivre...

ÀNDROMAQT'R.

Non , non , je te défends , Céphise , de me suivre.

Je confie à les soins mon unique trésor :

Si tu vivois pour moi, vis pour le fils d’Hector.

De l'espoir des Troyens seule dépositaire ,

Songe à combien de rois lu deviens nécessaire.Veille auprès de Pyrrhus ; fais-lui garder sa foi :

S’il le faut, je consens qu’on lui parle de moi.Fais-lui valoir l'hymen où je me suis rangée :Dis-lui qu’avanl ma mort je lui fus engagée :

Que ses ressentiments doivent être effacés;

Qu’en lui laissant mon fils, c’est l’estimer assez.Fais connoîlru à mon fils les héros de sa race ;Autant que lu pourras, conduis-le sur leur trace :Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté,Plutôt ce qu’ils ont fait que ce qu’ils ont été ;Parle-lui tous les jours des vertus de son père ;

Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère.

Mais qu’il nu songe plus, Céphise, à nous venger :Nous lui laissons un maître , il le doit ménager.Qu’il ait de ses aïeux un souvenir modeste :

Il est du sang d’Hector, mais il en est le reste ;

F.t pour ce reste enfin j’ai moi-même, en un jour.Sacrifié mon sang, ma haine , et mou amour.

CÉPHISE.

Hélas!

ANDKOMAQCE.

Ne me suis point, si ton cœur en alarmesPrévoit qu’il ne pourra commander à tes larmes.Onvient. Cache tes pleurs, Céphise;ctsouviens-toiQue le sort d’Andromaque est commis à ta foi.C’est iïermione. Allons , fuyons sa violence.

SCÈNE II.

IÏERMIONE, CLÉONE.

CLÉOXE.

Non , je ne puis assez admirer ce silence.

Vous vous taisez , madame ; et ce cruel méprisN’a pas du moindre trouble agité vos esprits!

Vous soutenez en paix une si rude attaque ,

Vous qu’on voyoit frémir au seul nom d’Andro-maque !

Vous qui sans désespoir ne pouviez endurerQue Pyrrhus d’un regard la voulut honorer 1Il l’épouse ; il lui donne , avec son diadème ,

La foi que vous venez de recevoir vous-même :

Et votre bouche encor, muette à tant d’ennui 6 8 ,N’a pas daigné s’ouvrir pour se plaindre de lui !Ah! que je crains , madame, un calme si funeste!Et qu’il vaudroit bien mieux...

IlERMIOXE.

Fais-tu venir Oreste ?

CLÉONE.

Il vient. madame , il vient ; ut vous pouvez jugerQue bientôt ù vos pieds il alloit se ranger 6 9 ,

Prêt à servir toujours sans espoir de salaire :

Vos yeux ne sont que trop assurés de lui plaire.Mais il entre.

SCÈNE III.

ORESTE, IÏERMIONE, CLÉONE.

ORESTE.

Ab ! madame , est-i! vrai qu’une foisOreste en vous cherchant obéisse à vos lois ?

Ne m’a-l-on point flatté d’une fausse espérance ?Avez-vous en effet souhaité ma présence ?

Croirai-je que vos yeux , à la fin désarmés ,Veulent...

iïermione.

Je veux savoir, seigneur, si vous m’aimez.

ORESTE.

Si je vous aime! oh dieux! Mes serments, mesparjures ,

Ma fuite , mon retour, mes respects, mes injures,Mon désespoir, mes yeux de pleurs toujours noyés;Quels témoins croirez-vous, si vous ne les croyez?

IÏERMIONE.

Vengez-moi, je crois tout.

ORESTE.

Hé bien, allons, madame :Mettons encore un coup toute la Grèce en flamme;