Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

126 VARIANTES

ACTE V.scène i, vers 7.

Ai-je vu ses regards se troubler un moment?L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?scène 11 , vers 6.

Et d’un œil qui déjà dévoroit son espoir.

Ibid., vers 38.

I! craint la Grèce , il craint l’univers en courroux.scène ni, vers 8.

Hans les premières éditions, .Racine faisoit pa-roître Andromaque enchaînée : Oreste l’offroit àHermione comme une preuve de l’acconiplisse-ment de sa mission ; mais nette captive prenoit enparlant à Ilermiono un Ion bien différent de celuiqu’elle emploie dans toute la pièce ; et ce tonétoit bien moins intéressant. Andromaque, té-moin de l’accueil que faisoit Ilermione au meur-trier do Pyrrhus, refroidissoit cette situation si tragique. Cependant on ne peut dérober aux lecteursec morceau précieux. On y verra combien legénie lui-même se trompe quelquefois daps, sesinspirations soudaines , et quel besoin il a du ju-gement et du goût pour rectifier ses opérations.Nous citerons la scène entière telle qu’elle a étéimprimée en 1GG8, afin qu’on puisse plus facile-ment la juger dans son ensemble, et par consé-quent mieux apprécier le mérite des corrections.On ne sait pas précisément dans quel temps Ra-cine retrancha le personnage d’Andeomaque. Onne le trouve plus dans une petite édition impri-mée. en 1G75, chez Jean Hibou. Les guillemetsindiquent les vers qui ont été supprimés ou chan-gés.

ORESTE , ANDROMAQUE , HERMIONE ,CLEONE , CEPH1SE, soldats i>'oreste.

OBE8TE.

Madame , c’en est fait. « Partons en diligence :«Venez, dans mes vaisseaux, goûter votre ven-geance.

«Voyez celle captive : elle peut , mieux que moi,«"Vous apprendre qu’Oreste a dégagé sa foi.

HERMIONE.

«O dieux! c’est Andromaque!

ANDROMAQCE.

«Oui , e'est ccttc princesse ,«Deux fois veuve, et deux fois l’esclave de la Grèce,«Mais qui jusque dans Sparte ira vous braver tous ,«Puisqu’elle voit son fils à « ouvert de vos coups.«l)u erime de Pyrrhus complice manifeste,«J’altendsson châtiment: car je vois bien qu’Oreste,«Engagé par votre ordre à cet assassinat ,

«Vient de ce triste exploit vous céder tout l’éclat.«Je ne m’attendois pas que le ciel en colère«Pût, sans perdre mon fils , accroître ma misère,«Et gardât à mes yeux quelque spectacle encor,«Qui fît couler mes pleurs pour un autre qu’IIector.«Vous avez trouvé seule une sanglante voie«De suspendre en mon cœur le souvenir de Troie.«Plus barbare aujourd’hui qu’Achille et que sonfils.

«Vous me faites pleurer mes plus grands ennemis;«Et, ce que n’avoient pu prière ni menace,«Pyrrhus do mon Hector semble avoir pris la place.

I)’A ND R O MA QU E.

«Je n’ai qoetrop, madame, éprouvé son courroux ;«J’aurois plus de sujet de m’eu plaindre que vous.«Pour dernière rigueur, ton amitié cruelle,

« Pyrrhus, à mon époux me rendoit infidèle :

«Je t'en allais punir ; mais le ciel m’est témoin«Que je ne poussais pas ma vengeance si loin,

«Et, sans verser ton sang, ni causer tant d’alarmes,

; «Il 11e f en eût coûté peut-être que des larmes.

hkhmionb.

cQuoi J Pyrrhus est donc mort?

, ORESTE.

«Oui, nos Grecs irritésOnt lavé dans son sang ses infidélités.

Je vous Pavois promis; et , quoique mon courageSe fit de ce complot une funeste image ,

J’ai couru vers le temple . où nos Grecs dispersésSe sont jusqu’à l’autel dans la foule glissés.

Pyrrhus m’a reconnu , mais sans changer de face:

Tl semhloit que ma vue excitât son audace ;

Que tous les Grecs, bravés en leur ambassadeur,Dussent de son liymen relever la splendeur-Enfin, avec transport prenant son diadème,

Sur le front d’Andromaque il l’a posé lui-même :

I Je vous donne, a-t-il dit, ma couronne et ma foi,Andromaque, régnez sur l’Èpire et sur moi.

! Je voue ù votre fits une amitié de père,

1 J’cn atteste les dieux, je le jure à sa mère.

Pour tous mes ennemis je déclare les siens,

I Et je le reconnais pour le roi des Troyens.

A ces mots, qui du peuple altiroient le suffrage.Nos Grecs n’ont répondu que par un cri de rage .L’infidèle s’est vu partout envelopper:

Et je n’ai pu trouver de place pour frapper;Chacun sc dispuioit la gloire de l’abattre.

Je l'ai vu dans leurs mains quelque temps se débattre,T out sanglant à leurs coups vouloir se dérober,

Mai» enfin à l’autel il est allé tomber.

«Le Troyen est sauvé. Mais partons ; le tempspresse.

«L’Epire tôt ou tard satisfera la Grèce.

«Cependant j’ai voulu qii’Androinaquc aujourd’hui«Honorât mon triomphe , et répoudît de lui.

«Du peuple épouvanté la foule fugitive«M’a laissé sans obstacle enlever ina captive,

«Et regagner ces lieux, où bientôt nos amisViendront couvert du sang que je vous ai promis.

HERMIONE.

Qu’ont-ils fait !

ORESTE.

Pardonnez à leur impatience.

Ils ont, je le vois bien , trahi votre vengeance ;Vous vouliez que ma main portât les premiers coups,Qu’il sentît en mourant qu’il expiroit pour vous.Mais c’est moi, dont l’ardeur leur a servi d’exemple,

Je les ai pour vous seule entraînés dan» le temple,Madame; et vous pouvez justement vous flatterD’une mort que leurs bras 11’ont fait qu’exécuter.Vous seule avez poussé les coups...

HERMIONE.

Tais-toi, perfide,

Et n’impute qu’à toi ton lâche parricide.

A 1 ;» faire chez tes Grecs admirer ta fureur,

Va, je la désavoue , et tu me fais horreur.

Barbare , qu’as-tu fait ? Avec quelle furieAs tu tranché le cours d’une si belle vie ?