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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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I2 7

VARIANTES D'ANl) ROftlAQUE.

Avcz-yous pu , cruels, l’immoler aujourd’hui,

Sans que tout voire sang se soulevât pour lui?Maisparle : de son sort qui t’a rendu l’arhilre?Pourquoi l'assassiner? Qu’a-t-il fait ? A quel titre?Qui te l’a dit?

ORESTE.

Oh dieux ! Quoi ! ne m’avez-vous pasVous-même, ici, tantôt, ordonné son trépas?

IlKlîMIONE.

Ah ! falloil-îl en croire une amante insensée ?

Ne devois-tu pas lire au fond de ma pensée ?

El ne vnyoia-tu pas, dans mes emportements ,

Que mon cœur démenloit ma houche à tous moments?Quand je l’aurois voulu, falloit-il y souscrire?N’as-tu pas dû cent fois te lo faire redire PTui-inême avant le coup me venir consulter,

Y revenir encore , ou plutôt m’éviter?

Que ne me laissois tu le soin de ma vengeance ?

Qui t’amène en des lieux où l’on fuit tu présence ?Voilà de ton amour le détestable fruit :

Tu m’apportois, cruel, le malheur qui te suit.

C’est toi dont l'ambassade , à tous les deux fatale ,L’a fait pour son malheur pencher vers ma rivale.

Nous le verrions encor nous partager ses soins :

Il m’aimeroit peut-êlFe , il le fcindroil du moins.Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Épire:

Je renonce à la Grèce , à Sparte, à son empire,

A toute ma famille ; et c’est assez pour moi,

Traître , qu’elle ait produit un monstre tel que toi.

. (à Andromaqtte, )

«Allons , madame , allons. C.’est moi qui vous délivre.«Pyrrhus ainsi l’ordonne, et vous pouvez me suivre.«De nos derniers devoirs allons nous dégager.«Montrons qui de nous deux saura mieux le venger.Ibid., vers 72.

Traître, qu’elle ait produit un monstre commetoi.

scÈnk v , vers 10.

Commande qu’on le venge, et peut-être sur nousVeut venger Troie encore, et son premier époux.Ibid., vers 14.

Voilà notre chemin , marchons de ce côté.

Ibid. , vers 1 6 .

A son dernier courroux je ne puis plus survivre.

NOTES D’ANDROMAQUE.

1 Henriette-Anne d’Angletene, duchesse d’Or-léans , étoit la dernière des enfants de l’infortunéCharles I er et de Henriette de France , fille deHenri IV et de Marie de Médicis-, elle épousa ,en 1661, Philippe de France, duc d’Orléans,frère unique de Louis XIV- Une mort subite l’en-leva à l’âge de vingt-six ans, à Saint-Cloud , le 5 ojuin 1670. (Voyez l’oraison funèbre de Possuet. )Son goût pour les lettres et pour le théâtre , sonesprit lin et délicat, la rendoient bien digue deshommages d’un poète tel que Racine. Elle soutintsun premier chef-d’œuvre contre les préjugés etles préventions de la vieille cour, et contre toute lafaction des admirateurs exclusifs de Corneille.

Geoffroy.

2 Celte construction est dure et embarrassée.Le reste de l’épître est élégant , délicat, digne dela princesse à qui elle est adressée. Geoffroy,

5 Ont pris plaisir de vousélevtr : on pou voit peut-être s'exprimer ainsi du temps de Racine : l’usageu’admol plus cette façon de parler : on dit, prendreplaisir à quelque chose. Geoffroy.

4 Les premières préfaces de Racine sont presquetoujours chagrines. Aigripar des critiques souventfausses et injustes, il commence par exhaler sondépit en sarcasmes amers ; mais la réflexion tem-père sa sensibilité, et la seconde préface montreun auteur raisonnable, disposé à rcconnoîlrc sesfautes , à profiter des observations sages , et à nié •priser les mauvaises plaisanteries. Geoffroy.

6 Racine s’aveugloit lui-même : il n’a pointrendu Pyrrhus et Andromaque tels que les anciensnous les ont donnés ; et il ne Je pouvoil pas. Nonseulement il lui ilo iî permis de changer quelque

chose a leurs mœurs, mais il le devoit s’il vouloitréussir. Geoffroy.

6 Créance, pour croyance, a vieilli, Aignak.

7 Liv. H , Eutcrpe.

8 Iliade, chant XXI.

9 Après la troisième scène du quatrième acted’Œdipe. Geoffroy.

10 Voyez Je dernier acte des Phéniciennes.

11 Sophoclis Elcctra. L. Racine.

12 Cette rencontre d’Oreste et de Pylade estl’effet du hasard, mais elle n’a rien d'invraisem-blable. Elle ne ressemble point à ers reconnois-sanees qui paroissent n’avoir été imaginées quepour le besoin de l’intrigue. Aristote approuve cemoyen tragique, mais il ne cite que deux exemplesde son emploi heureux, tant il est rare de ne paséchouer dans de pareilles situations 1 Dans cettepièce, Racine n’imite plus personne, et se montredigne d'être imité lui-même; ce n’est plus un dis-ciple , un émule de Corneille ; c’est Racine qui serévèle au public avec un ton , un style , une ma-nière , qui lui appartiennent, avec des traits quilui sont propres, et lui composent une physionomieparticulière.

L’apparition d’Androruaque est dans l’histoirede l’art dramatique un événement presque aussifameux que la naissance du Cid : notre théâtreacquit un modèle de plus. Ce premier cheFd’œuvrede Raeiue excita un enthousiasme presque aussi vif,souleva contre l’auteur presque autant d’ennemis ,et lit éclore à peu près autant de critiques que lepremier chef-d’œuvre de Corneille.

Racine a des pièces plus parfaites qu’Andio-maque . il n’en a point où il y ait plus d’élan et