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NOTES D’ANDROMÀQUE.
de verve; partout on y reconnoît le jet d’un talentjeune et vigoureux : tout est en mouvement, toutest en feu ; les intérêts se croisent, les passions seheurtent. Deux amants furieux qui poursuiventdes ingrates ; deux princesses désespérées, l uned’être aimée , l’autre de ne pas l’être ; deux amisprêts à se dévouer l’un pour l’autre; une mèretremblante pour les jours de son fils: une veuvequi veut s'immoler aux cendres d’un epoux: l’hé-roïsme de la tendresse maternelle, le sublime dela foi conjugale, le triomphe de l’amitié parmi lesfureurs rl les vengeances, au milieu des crimesde l’amour; de tous ces éléments se compose unouvrage éminemment dramatique, plein d’action,de chaleur et de vie.
I.a fortune d’Oreste n’est autre chose que legénie qui l’aceouipaguoit, eL présidoit à ses actionssuivant le système des anciens. Le génie peut êtrepersonnifié; et Néron dit fort bien, pour exprimerl’ascendant que sa mère a pris sur lui ( Brtlanu.act. II, se. n) :
Mon génie étonné tremble devant ie sien, Geoff.
Une tragi-comédie de Rotrou, alors en posses-sion de la scène, CAéagénor et Doristée, commencede même par la rencontre de deux amis, précédéeseulement d’un monologue.
i s Les commentateurs se sont demandé si Ra-cine avoit eu raison d'établir une nuance d'infé-riorité de Pylade à Oreste? Nul doute que leuramitié ne lut plus touchante et n’eût une couleurplus antique si elle s’exprimoit du ton de Légalité.Guimond de la Touche n’a pas manqué de se con-former à ce costume dans son Iphigénie en Tauride,postérieure de près d’un siècle à Andromaque.Mais à l’époque où écrivoit Racine, les idées dela cour et même celles de l’art auroient été cho-quées si le grand confident eût tutoyé le prince ,et s’il ne l’eût pas appelé seigneur, tandis que ledernier soldat de l’année devant Troie appeloitAgamcmnon et Achille par leur nom. Il est d’ail-leurs a observer que , suivant la constitution desvieux temps de la Grèce , il n’y avoit pas préci-sément égalité politique entre Oreste et Pylade ,dont le premier exerçoit sur l’autre une suite desuzeraineté. Aignax.
14 L’amour qui fait chercher une inhumaine, celaest encore du style romanesque que Racine lit dis-paroître du théâtre. On regrette de trouver quel-quefois dans le rôle tragique d’Oreste un langagesi peu digne du représentant de toute la Grèce.
La Harpe.
is Expression impropre , que nous avons déjàremarquée dans Alexandre. On forme des vœux,niais on ne pousse pas des vœux. Corneille a ditpousser des désirs; mais on sait que Corneille, sou-vent modèle du sublime, n’est rien moius queclassique pour la diction. La Harpe.
îfi Le grammairien d'Olivet ne veut pas quel’epilhete déplorable s’applique aux personnes : ledictionnaire de l’académie le défend : mais lapoésie s’affranchit quelquefois des entraves de lagrammaire. Racine , dans scs meilleurs ouvrages ,Esther ni Alhalie, applique si heureusement le
mot déplorable aux personnes, que cela doit suffirepour le faire adopter. Geoffroy.
17 Louis Racine semble se ranger à l’avis deceux qui ont blâmé ce vers ; non qu’il y donne unsens aussi étendu que celui qu’ils ont cru y voir :mais il aimeroit mieux réservait que prodiguait.Réservait scroit à la glace, cl prodiguoit est excel-lent. Ce n'est pas seulement pareeque celteexpression, prodiguoit ses charmes , rend avec uneélégance heureuse des idées toujours délicates àmanier : mais ce qui en fait le mérite dans labouche d’Oreste , c’est l'illusion naturelle à la ja-lousie, qui exagère, anticipe, et réalise tout cequi lui fait peur. La Harpe.
1 8 Le mot épris ne peut sc dire que des {lassionsqui ont une sorte d’analogie avec l’amour. Racinea voulu faire sentir qu’Oreste se plaisoit dans soncourroux comme un amant se plaît quelquefoisdans sa douleur, et dans ce sens l’expression esttrès belle. A. Martin.
Racine avoit mis d’abord, au lieu de punir,venger tous ses mépris. Subligtiy releva cette ex-pression comme peu exacte, et Racine, en sccorrigeant , reconnut la justesse de la critique.
Geoffroy.
ao Les sens sont pris ici pour Time , l’esprit,comme il arrive souvent en poésie; mais la ma-nière dont ce mol de sens est placé présente unetout aune idée que celle du poète, et c’est cequ'il falloii éviter. De plus, achèverait de sortirn’est rien moins qu’élégant. La Harpe. Le mot desens a été choisi par le poète comme ayant àpeindre tout à la fois le désordre de l’ànie etj‘abattement du corps. Aignàn.
C’est la première fois , je pense, que le motd 'ingénieux n été appliqué aux personnes. Racine8 est approprié avec bonheur l'épithète caractéris-tique d’Ulysse dans Homère. Aîcna.w
2Î Le mot brouiller ne s’emploie guère dans lapoésie noble. La Harpe.
2 5 11 est étonnant que l’oreille délicate de Ra-cine n’ait pas été blessée de l'extrême dureté decet hémistiche : combattra contre eux, et à quiprétend-on , un peu plus bas, sont presque aussirudes à prononcer. AignAï.
24 Acheva sa misère; façon de parler hardie etpoétique, pour dire , achever sa misérable vie. Mi-sère est un terme noble en poésie; il ne signifie.pas seulement pauvreté, infamie, mais malheur,infortune. Geoffroy.
2s Parmi ces périodes poétiques si bien enten-dues , et ces finesses de l’art qui varient, mais avecmesure, l’uniformité de nos distiques, il faut re-marquer celles-ci :
Je songe quelle èloit autrefois cette villeSi superbe en remparts , en héros si fertile ,Maîtresse de L’Asie... et je regarde enfin, etc.
La phrase est ici coupée au milieu du troi-sième vers ; elle l’est de même dans la suivante :
Je ne vois que dos tours que la cendre a couvertes,Un fleuve teint de sang , des campagnes désertes,Un enfant dans les fers... et je ne puis songer, etc.