NOTES D’ANDROMAQUE.
C’est ainsi que le versificateur liabile diversifiele rhylhrne sans Je détruire, et contente l’oreillesans la dérouler. La Hakpk.
26 Persécuter, suivant son étymologie {perse-qui), signifie poursuivre. .Racine a dit par ellipsepersécuter le père sur le fits , comme on diroit enprose poursuivre sur le fils les crimes du père.L'abbé d’Olivet Irouvoit un barbarisme dans cettephrase.
27 La vivacité frappante de cetle brisure duvers ne doit pas être laissée sans observation. A.
28 S’opposer exige impérieusement un régime.Ce n’est pas ici le cas de l’ellipse : l'ellipse n’estbonne que quand l’esprit cl l’oreille du spectateurou du lecteur la font comme de concert avec l’é-crivain. La Harpe. J’oserois croire que La Harpese trompe, et que ceci est, au contraire, unexcellent latinisme. S'opposeront veut dire se pla-ceront à l’apposîte. àignan.
29 Voilà Pyrrhus qui tutoie comme un domes-tique le vieux Phoenix, ancien gouverneur de sonpère , et roi de même que lui, tandis que Phœnixparle avec une déférence respectueuse à ce jeunehomme dont il a vu naître et quelquefois mori-géné Le père. Ici, les souvenirs antiques sont bienplus blessés encore que dans les relations entreOreste et Pylnde. Aicnan.
5 0 Le lieu de lu scène, dans la plupart des chefs-d’œuvre de Racine , est marqué avec une exacti-tude admirable , et dans Atbalie cetle espèce d’u-nité est parfaite. Ici, il est sans douie peu naturelque la mêoïe salle où Pyrrhus a écouté les propo-sitions d’Oresle soit encore celle où il s’entre-tient avec Andromaquc, avec Ilermione , celleoù Hermione reçoit Oreste et Andrornaque ; ilfaut absolument se prêter à l’illusion théâtrale,et ne pas exiger une vraisemblance plus austère ,qui rendrait presque impossible la pratique del’art. Geoffroy. Remarquez que les décorationsdu théâtre grec représentoienl tout l’intérieur etmême tout le voisinage d’un palais, d’un tem-ple, etc., de sorte que, sans changement, lesacteurs passoient d’un lieu à l’antre , et la vrai-semblance étoit observée. La même chose a lieusur le théâtre espagnol, et cela nous expliquepomment il se fait que Corneille , qui a em-prunté à ce théâtre la tragédie du Cid, amènesouvent ses personnages en des lieux évidemmentdivers. Aiunax.
31 Si Pyrrhus, parlant d’Andrornaque, disoit,Que cherche ici madame ? ce madame seroit ridi-cule , pareeque l'usage ne l’a point introduit decetle manière. Quelques personnes désapprouventnos poètes d’avoir reçu ce mot dans le style de lairagédie : pourquoi , disent-elles , n’ont-ils pasreçu de même monsieur ? On y a suppléé par sei-gneur ; et madame, adressé aux femmes, estcomme seigneur. Dans les tragédies espagnoles etitaliennes , on s'adresse aux femmes en pronon-çant leur nom. Rodrigue, dans le Cid, dit tou-jours Chimène. Cinna dit toujours Emilie; et laconfidente même d’Emilie l’appelle par son nom.L. Racine. Dans les pièces de Rotrou, les roissont appelés monsieur. Il eût été à désirer quemadame eût été banni de même que monsieur
de notre sccne tragique , lorsqu’elle met en scènedes personnages anciens. Aignas.
52 Les critiques nous disent : « La grammaireTout qu’il essuie. * Racine le savoit aussi Lienqu’eux; il a mis qu’il n’essuyât, par ellipse et ensous-entendant s’il vivait; mots que frémirait depronouccr la bouche d’une mère , et dont la sup-pression est un euphémisme plein de délicatesse.L'habileté avec laquelle Andrornaque feint decroire et voudrait faire croire à Pyrrhus que lesGrecs n’attachent d’importance à la personned’Aslyanax que par rapport à elle-même, serasentie de toutes les mères. Aig.van.
35 Captive, toujours triste, etc., suppose , moiétant captive, etc. L’est principalement ù Racineque nous devons l’usage de cette espèce d’ablatifabsolu accompagné de l’ellipse , et qui donne tantde vivacité à la phrase , sans qu’elle cesse d’êtrecorrecte, (le tour heureux, emprunté au latin,est aujourd’hui naturalisé dans notre langue. Ra-cine le fils le trouvoit irrégulier. La Harpe.
34 Celte épithète sacrés, placée avant le nom ,produit quelquefois dans notre langue un effetdésagréable ; mais le sentiment d’Andromaque estsi beau, si louchant, qu’il entraîne les spectateurs,et ne leur laisse voir que la poésie de celte, expres-sion sacrés murs, laquelle rappelle l’origine sacréede ces murs bâtis par la main des dieux. Geoffroy.
35 Le mot gêner signifioit encore, comme dansson origine et son étymologie, tourmenter, du motgêne ( gehenna ) : et de là l’on disoit appliquer à lagêne , pour appliquer à la question. Les gênesétoient synonymes de tortures. Ce n’csl pas lafaute de Racine si dans la langue usuelle gêner nesignifie plus qu’incommoder. Toutes les langueséprouvent de ces sortes de variations. La IJUkpb.
56 la violence des vœux. Cette locution est blâ-mée par La Harpe. Elle exprime cependant trèsbien l'emportement de Pyrrhus. Quant à des vœuxqui poussent leur violence, il y a impropriété determes. La Harpe condamne le mot pousser , paree-que des vœux n’ont point d’action , et ne peuventpousser leur violence. Dans le vers suivant, d’Olivetvouloit qu’on retranchât la négative, ce qui, selonnous, nuirait à la vivacité et à l’élégance de laphrase.
37 Pour faire disparaître, dit La Harpe, unefaute évidente , vous croyez qu’un amant vienne, ilsuffît de lire , croyez-vous. Le subjonctif exige icique la phrase soit interrogative. A. Martin. Lerégime du verbe croire n’étoit pas fixé du tempsde Racine. Il prenoit le subjonctif sans interroga-tion lorsque le sens étoit dubitatif. Fous croyez,est ici pour vous pouvez croire. Atgn'An. Il paraît,d’après une remarque de Vaugelas, que le motinsulter a été introduit dans la langue par Racine,qui l’a emprunté du latin insultare. C’est, je crois,le seul mot que Racine ait créé ; il a fait mieux,il a créé sa langue , en y introduisant une multi-tude de locutions aussi nouvelles que hardies.
A. Martin.
3 3 De S y eu x qui se plaisent à troubler le pouvoirdes charmes; un cœur qui brigue des soupirs, méta-phores hardie», mais employées avec un art siheureux, que leur audace ne s’aperçoit pas. G.