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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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i3o NOTES D’A ND ROM A QUE.

5 9 Le mystère du silence, mis à la place d’unsilence mystérieux, donne au vers une couleurpoétique. Geoffroy.

4 0 lia grammaire veut que l’on dise , Mc voyoit-il de l’œil dont il me voit, ou du même œil qu'il mevoit. De l’ceil qu’il me voit est amené seulement parla contrainte du vers. La Harpe. La contrainte duvers rie justifieroil pas un barbarisme : mais il nes’agit ici que d’une petite négligence elliptique deconstruction, autorisée çar l’usage. Aigxan.

41 La passion, qui s’en prend à tout, confondici , dans la personne de Cléone qui est là , la fa-mille, les Grecs, les vaisseaux, les exploits , lesfeux de Pyrrhus , et surtout le cœur d’Hermione ,enfin Cléone éblouie de la gloire de Pyrrhus; etdans son transport, ïlermione, ne s'embarrassantpas si sa phrase passe de la troisième personne àla seconde , apostrophe à la fuis et Cléone et toutce qu’elle vient de nommer... Fous m'avez toustrahie. C’est là véritablement l'éloquence de lapassion, et c’est ainsi qu’il est beau d’oublier lasyntaxe. Avant Racine, il u’y «voit nul exemplede cette manière hardie de se rendre maître de lalangue sans la dénaturer; car tout est suffisam-ment excusé par la suspension que suppose l'éga-rement de la passion après ce mot mon cœur... oùil est si naturel qu’elle s’arrête. La IIarpe. Ces re-marques sont justes, à cela près que la syntaxen’est nullement oubliée. Supposez que toute lapériode fut résumée dans ce vers ,

Les Grecs, mon cœur et toi,vous m’avez tous trahie,

la construction seroit la même, et pourtant de laplus grande correction, àignan.

4 a Hermione fait elle-même la critique de cesvers, lorsqu’elle dit à Oresle ,

Que parlez-vous du Scythe et de mes cruautés ?

Ce discours d’Oreste est infecté des vices dutemps. Qu’est-ce qu’un amant qui vient chercherla mort dans les yeux de sa maîtresse, et dont ledésespoir n’attend que l'indifférence de ces mêmesyeux? Geoffroy. Il y a long-temps que Voltaire,et après lui tous les connoisseurs, ont blâmé lerapprochement de la cruauté des Scythes et decelle dTIermione. La Harpe.

45 Faire parler des yeux dans les cœurs : ceiteexpression a besoin , pour être excusée , de tousles privilèges de la poésie. Geoffroy.

44 L’exactitude demande, fniies-le décider entrele Troyen et moi; mais la poésie autorise cette li-cence , qui n’est point contraire à la clarté dusens. Geoffroy.

45 Cette scène si courte est d’autant plus admi-rable qu’elle change tout-à-coup la situation detous les personnages : elle détruit les espérancesd’Oreste, au moment même où il se croyoit sûrde triompher. Elle tourmente le spectateur de larésolution de Pyrrhus, du danger d’Antlromaqueet de son fils, de la fureur jalouse d’Hermione,et des incertitudes de tons. Cette scène, qui n’aque vingt vers, est unique au théâtre. A. Martin.Peisonne n’a encore remarqué que cette admi-

rable péripétie se trouve dans le Dépit amoureux ,acte II, scène ni, lorsque Luciîc , blessée destransports jaloux d’Eraste, s’adresse à la femmedéguisée sous le nom d’Ascagne et secrètementépouse de Valère. pour lui annoncer que c’estvers ce même Valère qu’elle veut désormais tour-ner son amour. Mais au milieu d’une complicationde froides invraisemblances, cette situation neproduit aucun etfet, tandis que dans Andromoquec'est une merveille de l’art. Aignan.

46 On sait que Boileau, qui avoit long-tempsadmiré cette scène comme une fidèle peinture desirrésolutions et des combats d’un cœur amoureuxet offensé , finit par la condamner, comme étantau-dessous de la diguilé tragique. Il observeitavec raison que le fond desidées et des sentimentsest précisément le même que celui de celte char-mante scène de l'Eunuque de Témice, dontHorace a fait remarquer la beauté, et qui a étédepuis si souvent imitée et retournée par les mo-dernes : Exclusit : redeam? non si obsecret, etc.Mais puisque Boileau lui-même admet dons latragédie la peinture de l'amour , n’éloit-ü pas unpeu trop sévère quand il condamnoiL une scèneoù celte peinture est d’une vérité si frappante?Ou plutôt cette humeur ne venoit-elle pas de quel-ques vers, qui véritablement ne sont pas dignesde la tragédie? La Harpe. J.-B. Rousseau porteun jugement à peu près semblable. Voyez la der-nière note sur cette scène. A. Martin.

* 7 Racine a retranché ici les quatre vers suivants:

Et qui l’auroit pensé qu’une si noble audaceI)’un long abaissement prendroit sitôt la place ,Que l’on pût sitôt vaincre un poison si charmant?Mais Pyrrhus, quand il veut, sait vaiucre en unmoment.

Ce n’est plus, etc.

48 Ce vers apprend au spectateur qu’une nou-velle entrevue de Pyrrhus etd’Andromaquc a irritéce prince au poiut de le déterminer à livrer As-tyanax , et à revenir à l’hymen d’ITcrmione: etc’est encore par des mouvements de cœur, et nonpas par aucune forme de récit, que cette entrevueet ces résultats sont annoncés au spectateur , dontla surprise égale celle d’Oreste, jusqu’à ce que lestransports tumultueux qui agitent I’âme de Pyrrhusfassent contioîlre ce qui s’est passé. Cette marcheest de l’art dramatique ; et c’est un autre elfot dece même art de n’avoir pas mis sous nos yeux tropde scènes dont le fond auroit pu se ressembler,par les mêmes alternatives d’amour et de dépit.L’auteur n’en a mis que deux : la première , quilaisse des espérances: Ja seconde, qui porte laterreur au comble dans le cœur d’A.ndromaqueet dans celui du spectateur. La Harpe.

Racine a traduit ce vers que Virgile metdans U bouche d’Andromaque à la vue du jeuneAscagne ( Æneid . , lib. III ! :

Sic oculos, sic ille manus, sic ora ferebat.

5 ° Ce dernier vers est équivoque : Pyrrhus veutdire que plusil a de douceur, de bonté et de ten-