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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES D’ANDROMAQUE. i3r

dresse pour Ândromaque , plus elle le hait ; et levers, tel qu’il est construit, semble dire qu’An-dromaqne Lait davantage Pyrrhus, parcequ’elleest très flattée de son amour. C’est le mot flattequi forme l’ambiguité. Mon amour la flatte peutsignifier mon amour lui plaît. C’est dans ce mêmesens que .Racine l’emploie daus la première scènedu troisième acte :

Non, non, je le comtois; mon désespoir le flatte. G.

61 « J’ai toujours condamné celte scène enl'admirant, pareequr, quelque belle qu’elle soit,elle est plutôt dans le genre comique ennobli quedans le genre tragique... Cependant, si c’est unefaute, on doit être bien aise que Racine l’ail faite,parles beautés dont elle est parée : niais il ne se-roit pas sûr de rimilet* en cela. Quand l’amourn’est point tragique, comme dans Phèdre et dansle Cid, il devient petit et bas; et nous n’avonspresque point de iragédies en noire langue qui nesoient gâtées par là. Corneille a bien fait pis : aulieu d'exprimer dans ses amants le caractère del’amour, il u’a exprimé que son propre caractère,et n’en fait le plus souvent que des avocats pour etcontre, des sophistes, et quelquefois même desthéologiens. » ( Lei. de J.-B. Bousseau.) À. Martin.

52 C’est encore un latinisme; confus, qui nepeut se démêler. Aignan.

63 Les yeux expriment des sentiments ; mai»on ne peut dire que des yeux rendent les nomsqu'on leur a donnés. C’est les faim parler dans lesens propre, et leur langage ne doit être que li-gure. A. Martin.

5 4 Oresie a tué sa mère, et ce vers est dans sabouche le comble de l’ai cuglement. Mais en cemoment l’amour lui Tait oublier tout le passé; ilse croit innocent , soit pnreequ’un sentiment lata!l’absorbe tout entier , soit pareeque son parricidea été ordonné par les dieux. Les commentateursont blâmé ce vers. Il nous semble qu’il est lecomble de l’art, et qu’il prépare le spectateur à lacatastrophe sanglante de la lin. D’ailleurs, ce quiprouve l'égarement d’Oreste, c’tsl qu après avoirdit que son innocence commence à lui peser, neufvers plus bas il s’écrie:

Evite un malheureux , abandonne un coupable»A. Martin.

55 Ce vers semble d’une tournure trop négligéeet trop peu élégante. A peine il seroil du bon stylede la comédie. Aignan.

36 Ce vers n’a point de césure à l'hémistiche ;car ont rendu sont deux mots qui ne forment qu’unseul temps de verbe et entre lesquelsnul repos nepeut se placer. Si Racine n’a pas été choqué decelte petite faute qu’il répète de temps en temps,c’est sans doute pareeque , cherchant à introduireplus de naturel dans la versification et dans la dé-clamation françoises, il n’a pas craint quelquefoisde dépasser légèrement le but. Aignan.

h 7 Les commentateurs qui ont cru ce discoursironique se sont évidemment trompés ; l’ironieseroit odieuse et à contre-sens. Ilermione va la

garder pour sa rivale Andromaque. Mais pour m’ypréparer, au lieu de pour me l'annoncer, n’esl pasune expression juste. Ilermione, amoureuse dePyrrhus, et qui habite auprès de lui en attendantqu’il l’épouse , n’a certainement pas besoin d’êtrepréparée à ce mariage : cc seroit une rup-

ture qui auroît graud besoin de préparation. A»

58 Ces vers sont une espèce d'imitation desTra-chiuiennes de Sophocle. Déjauire répond auxjeunes Trachiuiennes :

i Vous ignorez les chagrins que traîne apressoi 1 hyménée. Votre âge ne vous permet pas en-core de les conuoilie; mais vous saurez un jour,par votre propre expérience, les larmes qu’excitentdans le cœur d’une tendre épouse l'absence d’unmari qu'elle aime et la crainte de perdre des en-fants chéris. »» L. de Boisjcrmain.

Imitation du passage de PHécube d’Euri-pide, dans lequel celte malheureuse mère chercheà désarmer Ulysse en lui rappelant les servicesqu’elle lui a rendus. Aignan.

6 ' J Accordons à 1 abbé, d’Olivet que, dans la rigueurde la giammaire et dans l’exactitude de la prjse,sans espoir de pardon doit se rapporter à Pyrrhusqui condamne, quoique parle sens il se rapporteà Andromaque qui est condamnée. Mais avouonsaussi que, quand le sens est si clair, la phrase,pour être elliptique, n’en devient pas plus louche;et qu’ici l’ellipse qui retranche deux mots (sansme /nisser d’espoir de pardon ) est non seulementun droit du poète, mais un devoir. Racine pou-voit aisément être exact en mettant me vois je con-damnée ? Il s’en est bien gardé. Cc n’étoil pas luiqui pouvoit ignorer que me vois je éloil ici mor-tellement froid , et m’avez-vous absolument néces-saire. La Harpe,

61 Tout le monde a senti la beauté do ce vers:il n’y a que les grammairiens qui aient songé à ydécouvrir une incorrection. Selon leur remarque*le qui relatif doit se rapporter à reste et non àfierté; d’où il suit qu’on doit se servir de l’adjectifmasculin importun au lieu d’importune. Mais cereste n’est employé ici qu’adjectivement ; et ,comme il sert à modilier la fierté, qui est le prin-cipal objet de la pensée , il ne sauroit régler l’ac-cord. Laphiaseest donc conforme à la grain maire,et surtout à la logique générale des langues. Nouspouvons encore nous appuyer de celte phrase,,rapportée par l’académie : Toutes sortes de livres nesont pas bons. La Harpe-

64 Sons /tanneur est une figure latine qui affai-blit à dessein l’expression, pour faire entendrebeaucoup plus qu’elle dit : sans honneur signifie iciignominieusement ; c’est ainsi que le mot latin in-glorius, sans gloire, signifie souvent /ti honte ,Geoffroy. Le vers suivait! se trouve ainsi dans lespremières éditions :

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé ?

63 Imitation de ces vers de Virgile (Æncid.,lib. II, vers. 5oi et Sus) :

« Priamumque per aras

« Sanguioefœdantem, quos ipse sacraverat, îgues. »