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NOTES D’ANDROMÀQUE.
«Et Priant au pied des autels, souillant de sonsang les feux qu’il avoil lui-même consacrés. •
A. Martin.
54 Voilà un exemple de ccs équivoques fré-quentes dont notre préposition de est d’autantplus susceptible . que nous la faisons servir à tout,faute de mieux. Ce n’est pas qu'ici l’on puisse seméprendre sur le sens de ces mois, Vamour demon fils. Toutes les circonstances sont telles quetout le monde comprend qu’Andromaque veutdire l'amour que j’ai pour mon fi's, Mais la phraseen riie-inéme pourroit vouloir dire aussi l'amourque mon /ils a pour moi. L’objet de celle remarqueest d’avertir du danger de ees équivoques : dans cesphrases, l’amour de, la haine de, le mépris de ; danstonies celles du même genre, si l’amour, la haine, lemépris tombent sur les choses, il n’y a point d’arn-phibologie à craindre ; mais elle se présente d’elle-même si tous ces sentiments regardent des per-sonnes; car üors de peut exprimer également unrapport actif ou passif. Il faut dune bien prendregarde si, dans ce cas , la phrase entière déterminel’un des deux rapports de manière à exclurel’autre, sinon il faut avoir recours à une autreconstruction, et substituer pour à de. Mais il s’enfaut bien qu’eu poésie cela soit indifférent, je nedis pas seulement pour la mesure, qui De doitjamais servir d’excuse à rien, mais pour l’élé-gance , la précision , le nombre » qui sont des con-sidérations capÎLalcs : Je pour et le de ne sont pasmême indifférents dans la bonne prose. La véri-table ressource est donc de travailler sa phrasecomme .Racine, de manière à prévenir toute obs-curité , toute ambiguité ; eL l’on couçoil que cetteremarque et cet avis ne s’adressent qu’à ceux quiveulent écrire bien, et qui en sont capables.
La Habpe.
63 Son cœur se rapporte à Pyrrhus; sa mort, àAstyanax. Il faut, en général, évitef cet enchevê-trement de pronoms, qui jette de la confusionentre le nominatif et le régime de la phrase. Maisici le sens est clair, et il De peut y avoir d’amphi-bologie. Aignan.
e6 On ne diroit pas en prose, souveraine sur,mais souveraine de. On peut le dire en vers, par l’a-nalogie secrètement sentie qui se trouve entre l’i-dée de souveraineté et l’idée de règne. Jl vous rendsouveraine sur, pour il vous fuit régner sur. Maispour hasarder ces constructions, qui séparent lapoésie de la prose , il faut être bien sûr de la jus-tesse des rapports qui. saisissant l’imagination ,empêchent l’oreille de s’étonner. La Harrc. Iléloit pins simple d’observer que souverain sur sedisoit alors généralement. On le trouve souventdans Rotrnu. Àrc\A.\.
67 Croître et maître ne riment ni à l’oeil ni àl’oreille. Élever et élevé forment une répétition ; ettoute répéülion qui n’est pas une beauté esl undéfaut. Dans le vers suivant , qu’on voit croîtrepour voir renaître , qu’on voit pour voir est une né-gligence. Geoffroy.
CB Muette à tant d’ennui; ce régime du datifavec l’adjectif muet est une hardiesse très heureuse,et dont Racine a tiré le plus grand parti dans cevers si énergique ( aci. V, sc. t. ) :
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes.
Cependant, muette à tant d’ennui n’est pas aussiriche de style que hardi de construction. Geoffboy.
69 On se range aux ordres, on se range à sondevoir, mais on ne dit pas se ranger aux piedspour venir $e jeter aux pieds. La IIarpf.
70 On dit bien réveiller ta douleur, paveequela douleur peut s’assoupir; mais on ne dit pas ré-veiller les misères, pour renouveler les misères.D’ailleurs , misères n’est pas le mot propre :Racine vouloit dire les malheurs, les désastres.La IIarff.. Il faut bien laisser aux poêles l’emploidu mot misère au pluriel comme synonyme d'ex-trêmes malheurs. Le vers qui suit est iiniié deL'Odyssée. Minerve , encourageant Télémaque àvenger son père , lui dit :
El qu’on parle de toi comme on parle d’Oreste.
Aignan.
7 1 La Harpe blâme celte expression, se vengerpar des chemins. Cependant il y a analogie aveccelte autre expression reçue, se venger par unevoie. Suivant L’académie , on peut employer lemot chemin au figuré; il signifie alors moyen, con-duite qui mène à quelque fin. Il n’y a donc pointd’incorrection dans le vers de Racine , mais seu-lement défaut d’élégance, le mot chemin ayantmoins de noblesse que le mot voie. A. Marti*.
7 s Phrase elliptique ; sous entendu , de savoir.
A IG \ A * .
7 5 II y a ici impropriété de termes. Racine avoulu dire qu’IIennione sera le prix de la mort(le Pyrrhus. Son dessein est qu’on immole letyran , et non pas qu’on l’opprime. Oresle dit en-core un peu plus loin . it fuul que je l’opprime ; cequi pourroit faire présumer que Racine donnoitau mot opprimé la signilica'ion du mol latin op -pressus, qui se prend quelquefois pour occisus ,tué : mais celle dernière acception n’a point étéadoptée par l’usage. Racine le fils a remarquéque la rime oppvinté et aimai n’est exacte qu’à l’o-reille. Enfin les derniers vers de la tirade suivanteoffrent celte construction , je ne veux qu’aller, re-connoilre la place ou je dois t'immoler. Cet enjam-bement , totalement opposé aux principes de notreversification, prouve combien l’auteur a négligécelle cfe celte scène , d’ailleurs pleine de chaleuret d’énergie, et qui a des traits remarquables. Oùtous n’osez aller mériter ma conquête est encoreun mauvais vers, par le rapprochement de cesdeux infinitifs qui font presque disparoîtro la cé-sure. Il n’y a aucune scène de Racine où l’on ren-contre , à beaucoup près, tant de fautes de cegenre. La Harpe. (les remarques sont justes.Mais , à part l’impropriété d 'opprimé pour puni , ilconvient de remarquer ce latinisme : le prixd’un tyran opprimé, pour le prix de l'oppressiond’un tyrun. Aignan.
7 i Çe jour, pour en ce jour, est un latinismeblâmé par d'Olivet, défendu par Desfontaines,ot que l’usage n’a pas adopté, quoique Racinel’ait encore employé dans Bérénice. A. Martin.