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NOTES DES PLAIDEURS.
i le dj èroc costume que la comtesse de Crissé, plai-
j deuse éternelle, avoit coutume de porter à la ville:elle avoit une robe couleur de rose sèche, avecun masque sur l’oreille. On dit encore qu’Aristo-phane, qui joua lui-même le rôle de Cléon danssa comédie des Chevaliers, se présenta avec unmasque très ressemblant à la figure de ce fameuxdémagogue. Molière fit aussi acheter à la friperieun habit de l’abbé Colin, et donna à son person-nage principal le nom de Tricotin , qu’il changeadepuis en celui de Trissotiu, moins ressemblantau nom véritable de la personne , mais plus inju-rieux encore : ces exemples ne justifient point unepareille licence. D’ailleurs Molière avoit moinsbesoin que personne de cet altrait de la satire etdes personnalités, qui blessent à la fois les loisdivines et humaines. Geoffroy.
59 Ce qu’il y a certainement de plus choquantdans ce grimoire , c'est lettres royaux, qui se di-sent encore aujourd’hui , en style de palais, pourlettres royales. Les deux vers léonins de Racineont été mis exprès pour faire ressortir dans toutesa barbarie le jargon de la chicane. Apcnait.
30 J’étois un jour chez Elie de Beaumont, cé-lèbre avocat. En son absence sa femme recevoit,comme de raison , la visite des clients et desclientes, et entendoit le récit de leur affaire :c’éloit un des devoirs de son état. Comme j’étoisseul avec elle, arrive une vieille plaideuse , quime parut ressembler assez à madame de Pimbes-che. Elle entame sur-le-champ son histoire , quiduroit déjà depuis Une demi-heure, sans que jeme fusse avisé de mêler un mot à la conversation :je n’étois pas de force à la soutenir. Heureusement,dit-elle enfin, j’ai ta ressource de la requête civile.Ce mot me rappela le vers des Plaideurs, et je dis,presque sans m’en apercevoir :
La requête civile est ouverte pour moi.
Cette femme, qui jusqu’à cc moment n’avoitpas seulement songé que je fusse là, se retournevers moi avec la plus grande vivacité : Pour vousaussi, monsieur ?... et je vis qu’il ne lonoit qu’àinoi de devenir dans la minute un personnagefort intéressant pour elle; je n’en avois nulle envie.iV 'on, madame, lui di3-jeavec le plus grand sérieux,c’est un vers des Plaideurs. Elle nie regarde quelquetemps des pieds à Ja tête , puis se retourne brus-quement vers madame Elle de Beaumont, en re-prenant son histoire; et je retombai dans monnéant. La IUbpe.
31 Les traits des poètes comiques patoissent quel-quefois outrés, et ne le sont pas. Il est rapporté dansl’éloge historique deM. Boivlu l’aîné, qu’il soutintun procès pour une redevance de vingt-quatresous, dont il prétendoit qu’une maison qu’il avoitachetée en Normandie devait être exempte: ceprocès , qu’il perdit, dura douze ans, et lui coûtadouze mille Livres de frais. L. TUtUNt.
3i On se sert encore dans la conversation dequelque pour environ. Racine aüectionuoit cettemanière de parler. La Harpe.
SÎ Brossette, dans ses remarques sm-Boileau ,rapporte qu'en effet le parlement avoit défendu à
celte comtesse de Crissé, dont j’ai déjà parlé ,d’intenter à l’avenir aucun procès sans l’avis parécrit de deux avocats. Désespérée d’une semblabledéfense, après avoir tout tente inutilement pourfaire adoucir la rigueur de cet arrêt, elle allaporter ses plaintes et son désespoir chez Boileaule greffier, frère aîné du poète ; elle y trouva unde leurs parents , désigné dans le commentaire deBrossette par les lettres initiales B. D. L. Cethomme, après avoir dissipé tout son bien, étoitréduit au triste métier de parasite ; et comme ilvouloit sc rendre nécessaire partout, il s’avisa dedonner des conseils à la comlrase ; elle les inter-préta fort mal : et il en résulta une querelle fortvive. Racine , à qui Boileau raconta celte aven-ture , en profita en poète déjà consommé danscet art qu'il praliquoit pour la première fuis, eten fit une des meilleures scènes de comédie qu’ily ait au théâtre. Geofïsov.
54 Louis Racine convient que les règles de lagrammaire demandent je ne le serai point; mais ilprétend qu’il est plus dans le caractère et le tond’une vieille plaideuse de dire je ne la serai point.
s 5 Lisait ne rime qu’aux yeux avec exploit. Troisvers plus bas, le mot français ufl’re une négligencedu même genre. Ces rimes étoient encore souffer-tes sous Louis XIV, et l’on on trouve quelquesexemples dans Boileau. Cependant la prononcia-tion de la iliphlhonguc oi avoit déjà changé dans lemot français. C’est sous le règne de Catherine deMédicis que la langue éprouva cette variation. LesItaliens, dont la cour étoit inondée, prnnonçoientle mot français avec le son de l’e ouvert, et bientôtcette prononciation devint générale, et passa àd’autres mots. A. Marths.
36 Parodie de ce vers du Cid, où don Dièguedit à son fils {act. f, sc. vij :
Viens, mon fils, viens, mon sang ; viens réparerma honte.
5 ? Le fond de cette plaisanterie est dans Rabe-lais ; Racine n’a fait que la mettre en action. Lesbons écrivains lisoient Rabelais comme Virgilelisoil Ennius. Voici comment s’exprime maîtreFrançois sur les mœurs cl le caractère des bas-offi-ciers de justice :
i Là veisnies des Chicquanous, gents à tout lepoil. Ils ne nous imitarent à boyre , ne à manger.Scullement en longue multiplication de doctes ré-vérences nous dirent qu’ils estoient louts à notrecommandement en payant. Ung de nos truche-ments raeomptoil à Pantagruel comment ce peu-ple guaignoit sa vie en façon bien eslrange ; et enplein diamètre contraire aux Rom micoles. A Romegents infini s guaignent leur vie à empoisonner, àbattre et à tuer. Les Chicquanous la guaignent à êtrebattus. De mode que si par long-temps ilsdemou-voient sans estre battus, ils mourraient de male
faim, eulx, leurs femmes et enfants.
.La manière , dist le truche-ment, est telle: Quand ung Moyne , Prebstrc,Usurier, ou Advocat veuU mal à quelcque Gen-tilhomme de son pays, il envoyé vers luy ung deces Chicquanous. Chicquanous le citera, l’adjour-