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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE Y, SCËKE II.

RRITANNlCUR.

Allez, belle Junie, et, â’un esprit content,Hàlez-vous d’embrasser ma sœur qui tous attend s 9 !Dès que je le pourrai, je reviens sur vos traces,Madame; et de vos soins j’irai vous rendre grâces.

SCÈNE III.

AGRIPPINE, JUNIE.

AGRIPPINE.

Madame, ou je me trompe, ou durant vos adieuxQuelques pleurs répandus ont obscurci vos yeux.Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage?Doutez-vous d’une paix dont je fais mon ouvrage ?

JL'NIE.

Après tous les ennuis que ce jour m’a coûtés,Ai-je pu rassurer mes esprits agités ?

Hélas! à peine encor je conçois ce miracle.

Quand même à vos boutés je craindrois quelqueobstacle ,

Le changement, madame , est commun à la cour :Et toujours quelque crainte accompagne l'amour.AGRIPPINE.

Il suffit, j’ai parlé , tout a changé de face :

Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place.Je réponds d’une paix jurée entre mes mains ;Néron iu’en a donné des gages trop certains.

Ah ! si vous aviez vu par combien de caressesIl m’a renouvelé la foi de ses promesses;

Par quels embrassements il vient de m’arrêter!

Ses bras, dans nos adieux, ne pouvoient me quitter.Sa facile bonté . sur son front répandue ,Jusqu’aux moindres secrets est d’abord descendue ;Il s'épanchoit en fils qui vient eu libertéDans le sein de sa mère oublier sa fierté.

Mais bientôt, reprenant un visage sévère ,

Tel que d'un empereur qui consulte sa lucre,

Sa confidence, auguste a mis entre mes mainsDes secrets d’où dépend le destin des humains.Non , il In faut ici confesser à sa gloire ,

Son cœur n’enferme point une malice noire ;

Et nos seuls ennemis , altérant sa bonté ,Abusaient contre nous de sa facilité :

Mais enfin , à son tour, leur puissance décline ;Rome encore une fois va connoltre Agrippine;Déjà de ma faveur on adore le bruit lo °.Cependant en ccs lieux n’attendons pas la nuit :Passons chez Octavie, et donnons-lui le resteD’un jour autant heureux que je l’ai cru funeste.Mais qu’est-ce que j’entends? Quel tumulte confus 1Que peut-on faire ?

O ciel ! sauvez Britannicus !

SCÈNE IV.

AGRIPPINE, JUNIE, BUFiRIIUS.

AGRIPPINE.

Burrhus, où courez-vous? Arrêtez Que veut dire...m-Tuuu's.

Madame, c’en est fait, Britannicus expire.

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Ab 1 mon prince !

J ERIC.

Ma dan

AGRIPPINE.

Il expire ?

Ri.RRiirs.

Ou plutôt il est mort,

JUNIE.

Pardonnez, madame , à ce transport ' 01 .Je vais le secourir , si je puis, ou le suivre.

SCÈNE V.

AGRIPPINE, BURRHUS.

ACRIPPINE.

Quel attentat, Burrhus !

bi'bmlüs.

Je n’y pourrai survivre,Madame ; il faut quitter la cour et l’empereur.

AGRIPPINE.

Quoi ! du sang de son frère il n’a point eu d’hor-reur i<J 2 !

BtRRH t'S.

Ce dessein s’est conduit avec plus de mystère.

A peine l’empereur a vu venir son frère,

Il se lève, il l’embrasse , on se tait; et soudainCésar prend le premier une coupc à la main ;

• Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices,« Ma main de cette coupe épanche les prémices,« Dit-il : dieux, que j’appelle à cette illusion ,

■ Venez favoriser notre réunion. «

Par les mêmes serments Britannicus se lie.

La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ;Mais scs lèvres à peiuc en ont touché les Lords ,Le fer ne produit point de si puissants efforts ,Madame '• la lumière à scs yeux est ravie ,

Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie.Jugez combien ce coup frappe tous les esprits :La moitié s’épouvante et sort avec des cris:

Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage,Sur les yeux de César composent leur visage.Cependant sur son lit il demeure penché;D’anoim étonnement il ne paroît louché :

« Ce mal dont vous craignez , dit il, lu violence,< A souvent, sans péril, attaqué son enfance. ^Narcisse veut en vain affecter quelque ennui ,

El sa perfide joie éclate malgré lui.

Pour moi, dût l’empereur punir ma hardiesse,D’une odieuse cour j'ai traversé la presse;

Et j’aüois, accablé de cet assassinat,

Pleurer Britannicus, César et tout l’état.

AGRIPI’INE.

Le voici. Vous verrez si c’est moi qui l’inspire lo3 .

SCÈNE VI.

NÉRON, AGRTPPINE, BURRTTUS, NARCISSE.

nrron, voyant Agrippine.

Dieux!

AGRIPPINE.

Arrêtez, Néron; j’ai deux mots à vous dire.

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